lundi 28 décembre 2015

Ici on est chez nous !


Ici on est chez nous ! 
Hurlent les manifestants à Ajaccio. 
Nombre d'entre eux sont les petits enfants de ceux qui scandaient ce même refrain dans les rues d'Alger il y a soixante ans. Finalement, il aura fallu bien peu de temps à ces réfugiés rapatriés pour se sentir chez eux chez nous.

Ici on est chez nous
(comme disent les Israéliens, les Hutus, les Daechiens...)

Dégage, t'es pas de la bande, casse toi tu pues...
(Laisse béton !)

Retourner mais où ?
De là d'où tu viens. D'chez les tiens pardi : les bicots, les crouilles, les melons...Choisis de déchoir volontairement, nationalement.

Mais je suis né ici, mon père et mes grands-pères...
C'est pas parce que l'on nait français que l'on est français.

Avant ?
Par ordre antéchronologique : Tunisie, Maroc, Andalousie, Yémen ou Zanzibar mais cela, je ne peux pas l'affirmer.
Ma famille se serait convertie à l'islam vers 730. Possiblement qu'auparavant nous étions chrétiens ou juifs...La souche est enterrée si profond qu'il est difficile d'en dégager les racines.
Tu m'embrouilles.

Du coté de ma mère ?
C'est nickel, je peux vous garantir et certifier documents à l'appui la gallo romanité de la lignée depuis le règne de Charles le Bel. Dire que tous furent de pieux chrétiens, je n'irai pas jusque là, mais de loyaux patriotes assurément.

Bon tu peux rester, mais au moindre soupçon, c'est la publication de ta fiche S et le port du croissant vert au revers de ton veston.

Addendum:
Jacques Senti nait en Corse, République de Gênes il y a quatre cents ans. À l’âge de neuf ans il est enrôlé de force par des corsaires, puis vendu au Bey de Tunis qui en fait le compagnon de jeu de ses enfants. Jacques devient Mourad. À quinze ans il sait par coeur le Coran. Guerrier audacieux et diplomate habile, il succède à son maitre en 1613.

Mourrad Bey « El Corso » règnera jusqu'en 1631. 
Sa dynastie s’éteindra en 1702 par l’assassinat de Mourad III qui fût le plus sanguinaire et le plus impopulaire des monarques de Tunisie.


Tous les princes Mouradites seront exterminés à l’exception de quelques fuyards qui parviendront à prendre la mer pour aller se réfugier à Ajaccio où ils proliférèrent dans l'anonymat. Trois siècles plus tard leurs mauvaises manières conduisirent les autochtones exaspérés à les déchoir de leur nationalité d'asile afin qu'ils retournent en Tunisie, leur patrie d'origine.





mardi 8 décembre 2015

Tunisie "Le temps des assassins"


Après Paris martyrisé, Tunis vient de saigner. En centre ville un autocar rempli de gardes républicains a sauté. Quelques jours auparavant dans les montagnes, un jeune berger avait été décapité sous les yeux de son cousin chargé de rapporter la tête à la maison : dix kilomètres de marche tenant dans ses bras le sac en plastique... Effrayant. Le gamin a raconté son calvaire à la télévision devant la population sidérée.

Hélas, à parcourir le journal officiel de Dae'ch, l'ignominie ne fait que commencer. Les instituteurs aussi sont visés !
En réaction et par la peur attisée, la riposte « populaire » va sans doute s'organiser. Demain, de nulle part surgiront les milices de vigilants ; alors l'État de droit se métamorphosera en État de salut inique au prétexte de vouloir exterminer les ennemis de l'intérieur et de l'extérieur.

Voici venu « Le temps des assassins ».
C'est le titre d'un ouvrage oublié de Philippe Soupault, salutairement ré-édité par Gallimard et qu'il est urgent de lire.
Parmi les surréalistes, Soupault fut le plus intransigeant de la bande à Breton et Aragon : anticonformiste, anti fasciste, anti impérialiste, anti stalinien...irréprochable en tous points.
Post mortem, il raconte une période révolue provisoirement il y a soixante dix ans.

Tunis 1942. La  Révolution Nationale  de Vichy métastase. Les colons et les fonctionnaires coiffent le béret de milicien. Le plus fidèle marin de Pétain, l'Amiral Esteva a été nommé Résident Général. Il est chargé de préparer l'offrande de la Tunisie aux troupes italo-allemandes
Les résistants sont une poignée. Philippe Soupault est l'un d'entre eux. Directeur à Radio Tunis, il est limogé, harcelé, assigné et finalement incarcéré.
« Le temps des assassins » est le récit de cette épreuve. Près de 500 pages d'une écriture dépouillée, palpitante et sincère. Singulièrement strictement réaliste.

Parmi les témoignages littéraires innombrables sur l'univers carcéral le regard de Philippe Soupault est l'un des plus éclairants.
Si vous n'avez jamais été en prison, allez y en fauteuil. Si vous y avez déjà été, vous y reconnaitrez la souffrance de votre humiliation: « ... humiliation dont on ne peut éliminer le venin. Humiliation qui est une couleur, une musique, une odeur, un contact....Une amertume dans la gorge, un vide dans les mains, une sueur au front »
Il croupira six mois dans le quartier Nord du pénitencier militaire de Tunis au milieu d'une bande hétéroclite de réfractaires à l'ordre hitleropétainiste.
Les cellules s'ouvrent une fois par jour sur une courette où complote la troupe de « dissidents » que les juges et les matons tentent en vain de soumettre. Il y a là rassemblés des bidasses malchanceux, des médecins, des commerçants, des étudiants, français, tunisiens, noirs et blancs, juifs, chrétiens et musulmans. Tous animés de la même obsessionnelle idée de résister. Soulpault est le plus âgé ; on devine le respect qu'inspire à tous le célèbre intellectuel parisien taiseux.

Car cette combativité est rare dans la France Vichysoise gouvernée par les profiteurs du malheur. Jamais, écrit Soupault, je ne pourrai oublier cette époque, celle du triomphe des médiocres. « Il en sortait de partout. Ils prenaient leur revanche. On les voyait s'installer, satisfaits, délivrés, étalés comme des ordures débordant les poubelles sur le trottoir. Une odeur de médiocrité montait de cette époque, une vapeur épaisse ...»

Magistrats et plaideurs corrompus, pitoyables de bassesse, ne sont pas de reste à l'exemple de Me Tixier-Vignancour qui fut sans doute le plus machiavélique des avocats fascistes.
À la prison de Tunis, il monnayait son influence auprès des pauvres bougres détenus qu'il rassemblait par paquet.
À la libération, le méprisable prendra éphémèrement la place de ceux qu'il rackettait avant de retrouver bien trop vite son cabinet. Plus tard, installé à Paris, il participera en 1959 avec son comparse Pesquet à la plus belle machination politique de l'époque : l'affaire de l'Observatoire. Cela ne l'empêchera pas de se présenter aux élections présidentielles de 1965 et d'avoir le culot d'appeler à voter au second tour contre de Gaulle, en faveur de François Mitterrand. 
Le directeur de la campagne électorale de Jean-Louis Tixier-Vignancour étant alors un certain Jean Marie Le Pen.

« Le temps des assassins » est le livre sombre de l'actualité prochaine.


Post scriptum : pour chasser ces idées noires, lisez aussi « Charlot » (Gallimard). Une œuvre antérieure au naufrage de la France, écrite en 1931 en noir et blanc devant l'écran sautillant d'un cinématographe par Philippe Soupault qui met Charlot en mots. Rencontre inoubliable de deux princes de la poésie. Un enchantement.
À lire aux enfants de dix à cent ans au coin du feu ou au creux de l'oreiller.

lundi 30 novembre 2015

Michel Onfray et Astérix le Gaulois


Michel Onfray n'est pas sympathique. Il ne sourit jamais. Ce philosophe de profession est un oisif qui travaille du ciboulot. Il réfléchit la pensée des autres lesquels forcément se sentent interpellés.
Il y a deux mois, il a déclaré prémonitoire : « Nous devrions, nous la France, cesser de bombarder les populations musulmanes sur la totalité de la planète." À l'époque, personne n'avait relevé le propos hors de propos .

Mais voici qu'au milieu de tout ce bataclan d'idées ensanglantées, il vient de commettre l'erreur de rappeler inopportunément qu'il avait déjà donné son opinion et que le 13/11 n'était que retour de bâton. Dae'ch a twitté. Les réseaux ont disjoncté. Tempête dans un verre d'eau. Les barons des médias se sont unanimement indigné sous les encouragements de l'audimat.
Exit Onfray qui a juré de se taire. Il fredonne entre les dents la chanson de Béart «  le premier qui dit la vérité sera exécuté ! »
Dans la France en guerre, le débat sur l'islam n'est possible qu'entre gens du même camp. C'est évident. Intelligent comme il est, il aurait pu le comprendre.

En attendant l'occasion d'aller à l'étranger lire sous le manteau le prochain bouquin du philosophe de Caen, j'ai chipé la dernière bande dessinée d'Astérix chez Auchan. En cette période de parano, il est important de penser à se distraire sainement tout en consommant médiocrement.
Pour joindre l'utile à l'agréable, j'ai posé l'album ouvert à l'avant du caddy sur le siège bébé, ainsi je peux lire tranquillement tout en faisant mes courses.

Hélas, le diable subliminal se cache dans les détails. « Le papyrus de César » d'Astérix le Gaulois est une allégorie capillotractée de la situation internationale du moment.
Jugez plutôt :

Le papyrus ou papier Russe serait le 24 ème chapitre des  « Commentaires sur la guerre des Gaules » Mais Jules César, auteur présumé de l'oeuvre indigeste, ressemble sur le dessin au Calife Al Baghdadi de Syrakie qu'on aurait fraichement rasé et coiffé d'une couronne de lauriers. Le décryptage en miroir des autres planches de la BD éclaire l'évidence : Rome c'est Dae'ch, les Gaulois c'est nous. Je poursuis mes emplettes et ma lecture ( penser au dentifrice et au shampoing

Un jour, Promoplus, le démoniaque dircom lèche-savates à la cour de Rome (aka-Rakka), propose à César (alias-Calife) d'amender son autobiographie en supprimant de l'ouvrage en cours d'édition le fameux passage qui relate le triste épisode de sa défaite. S'agit-il du 2427 ème hadith transcrit par Mohamed El Boukhari à Samarcande en l'an 866 ? L'analogie est troublante (où sont les biscottes où est la Ricoré ?...)

Continuons. Un lanceur d'alerte cybermilitant ; Julian Assange grimé en numide «  laisse fuiter » (c'est drôle) l'unique document rescapé de l'autodafé. Ce papyrus d'une importance capitale échappe pourtant à Résowifix, une feignasse de Gaulois qui passe son temps à consulter l'horoscope d'Appolosix sur sa tablette au lieu de suivre les infos.

Dès la page six, (lessive éponge et serpillière) nous sommes plongés dans une allégorie allusive qui nous entraine, non pas dans la Normandie chère à Michel Onfray, - quoique l'architecture des maisons à colombages du village d'Astérix prête à confusion - mais dans la capitale armoricaine des mangeurs de sangliers où après moult péripéties, arrive un audacieux journaliste qui révèle le scandale.
Doublepolémix est un saisissant clone d'Edwy Plenel émoustaché.

Comme à l'accoutumé, nos héros Astérix et Obélix se jouent de tous les traquenards et grâce aux rincettes de potion magique ils mettent en déroute les cohortes de jihadistes (rayon boissons)

Mais bien plus que le déroulé du scénario c'est le casting qui retient l'attention. Ainsi, on s'interroge sur la fonction tribunitienne des pigeons voyageurs dont la mission de communication est perpétuellement mise en échec. Contre-mesures électroniques ? Brouilleurs de radars ? Cyber-guerre ? Information/contre-information ? Dans les non-dit de cet épisode, il y a beaucoup d'aveux (penser à appeler Baudrillard)

L'ambiguité flagrante apparaît bien davantage dans le rôle des autres bêtes : minimaliste pour le nano-chien Idéfix, essentiel pour l'aigle, l'écureuil et l'ours. Comment ne pas déceler dans ces créatures innocentes la représentation animalisée des machines de guerre : avion de chasse, drones, blindés ? (ne pas oublier le lait bio, la botte de poireaux et le paquet de tapioca)

Tandis que nos héros tenus à l'écart rigolent d'insouciance, les druides confèrent secrètement. Ce sommet où siègent les grands amis de la Gaule : Panoramix, Gasdechix, Archéoptérix, Parassismix, Panélectrix...est une sorte de conclave mystérieux, assemblée pastiche de la Cop 21.
Loin de tout esprit complotiste, tant de coïncidences confortent mon intime conviction.

Au détour de la page 38 (et du rayon bricolage), le Chef Abraracourcix, sur injonction comminatoire de son épouse Bonemine, déclenche « LA PROCÉDURE D'URGENCE ». C'est écrit noir sur blanc en toutes lettres majuscules, dans une énorme bulle ! Mektoub.
C'est la preuve incontestablement.
Par Toutatis, Uderzo/Ferri/Conrad sont fortiches, sans doute inspirés par Goscinny le très haut! (tiens, la crème de marron est en réclame)

Devant la menace imminente, le barde Assurrancetourix souffle dans un gigantesque instrument : le Beuglophon. Un long-deux-courts, c'est le signal de la mobilisation. (un paquet suspect oublié dans une allée a déclenché l'alarme. Il faut évacuer la zone alimentation)
C'est Roland sonnant l'olifant, c'est Roncevaux à Auchan. Les secours accourent.

Voici, enfin venu l'armistice (il y a de l'attente aux caisses) Dans le village d'Allégorix tous les Gaulois sont joyeusement rassemblés autour de la table de banquet. Entre deux bâfrées de sanglier Obélix prononce sentencieusement la morale de l'histoire : « ... il ne faut pas croire tout ce qu'on écrit ! » (fermons les parenthèses)

FIN.

dimanche 22 novembre 2015

Le minaret tricolore


Laissons les survivants enterrer les morts. Observons le silence. À l'abomination n'ajoutons pas l'indécence des mots.
Mais se taire est suspect. L'indignation bruyante est de mise. Pour autant, faut-il se précipiter à la chasse aux boucs émissaires et nourrir des polémiques ?
Avant de balayer devant notre porte en dénonçant nos faiblesses, dressons le bilan de nos forces.


François Hollande s'est révélé chef d'État. Qui mieux que lui en ces circonstances aurait été capable de gérer la sidération nationale ? Partout présent, il a été irréprochable.
À aucun moment le pouvoir n'a donné l'impression de vaciller. Nulle hésitation, nulle précipitation, nul excès. La police a bien fait son boulot, sapeurs pompiers et hôpitaux se sont dévoués dans la grandeur de leurs traditions. Partout, malgré les coups, l'État est resté digne. Le peuple de Paris aussi.


À l'étranger, l'événement a vite pris une dimension planétaire éclipsant toutes les autres horreurs du moment.
Après le 11/09, le 13/11 marque le second jalon spectaculaire de cette première guerre asymétrique du 21ème siècle dont on peut craindre qu'elle dure cent ans. Bien sûr, il y eut entretemps des milliers d'attentats tout aussi abondants en perte de sang mais médiatiquement bien moins compatissants : Beyrouth, Bamako, Ankara, Tripoli, Karachi, Tunis, Mogadisco, Bombay, Sanaa, Bagdad...litanie sans fin des villes terrorisées.
Mais Paris la singulière est différente. C'est la capitale de la douce France, le jardin d'attraction de la terre entière.
Tous les routards savent comment illuminer le regard de leurs hôtes au bout du monde : il suffit d'évoquer Paris. Alors, l'étranger parle de Napoléon, de Pasteur, de Voltaire, de De Gaulle, Bardot, Zidane...la liste anachronique des références s'égraine au gré des rencontres du voyageur français. Ah ! Paris ! La tour Eiffel, les Champs Élysées, Pigalle...Paris qui sent le 5 de Channel au passage des élégantes à la terrasse des bistrots.
Tous ces clichés hantent les rêves délicieux des amoureux de la vie que le destin a fait naître dans des contrées moins radieuses. Que l'on touche à Paris et le monde se met en colère !


Ainsi, dans toutes les capitales civilisées on a spontanément entonné la Marseillaise en lever de rideaux, paré de tricolore les monuments et scandé la devise Liberté, Égalité, Fraternité.
Cette triple trilogie symphonique, chromatique et incantatoire est désormais la réponse aux assassins qui blasphèment en hurlant « Allah akbar ».


L'indignation arabe n'a pas été à la hauteur de l'évènement. Elle est certes habituée à pire depuis si longtemps. Diplomatiquement, les dirigeants ont fermement exprimé leur « rejet catégorique de toute forme de violence ou de terrorisme .... d'où qu'elle vienne». C'est insuffisant.
Aucun chef d'État arabe n'a vraiment marqué sa solidarité d'un geste fort. Seul le roi Mohamed VI du Maroc, en ordonnant à ses services de renseignements de coopérer immédiatement avec Paris, a mis son mouchoir sur sa rancoeur. Le Commandeur des croyants s'est montré le digne petit-fils d'un Compagnon de la Libération.


Dans l'hexagone, les porte-paroles de la représentation des musulmans de France se sont astreint au service protocolaire de circonstance en diffusant le message copié-collé utilisé pour Merah-Charlie-Gourdel. C'est pareillement insuffisant.
Sous l'oeil des caméras, le recteur de la Grande Mosquée de Paris confortablement calé dans un large fauteuil placé au centre d'une salle de prière déserte a débité quelques paroles vite emportées par le vent. Plus tard, face à une journaliste de CNN ébahi il a insisté sur la nécessité d'envoyer des fantassins contre le Calife de Mossoul.

L'islam de France est pris de court. Les fidèles sourdent de rage et d'impuissance, beaucoup se sentent coupables d'avoir enfanté des monstres qui dévorent leurs parents. Désemparés ils s'en remettent à la République pour sauver leur religion.



Vendredi prochain un hommage national sera rendu aux victimes. Les croyants auront-ils ce jour là l'audace salvatrice de draper tous les minarets de France de bleu, de blanc et de rouge ?

jeudi 5 novembre 2015

Macron


La biographie du nouvel ovni de la politique française qui sera publiée à la fin du mois par Marc Endeweld fera un tabac car les Français sont impatients de tout savoir sur le plus énigmatique ministre du gouvernement.
La vague de Macron-mania va déferler. On parlera de Macron sur Télématin et au Petit Journal, aux matinales des FM et dans les dîners en ville.
Pour s'y préparer sérieusement, voici quelques éléments

Ma-cron. Un nom, deux syllabes. En politique c'est important car on ne fait pas carrière avec un patronyme à rallonge. Il faut que ça claque comme Chi-rac, Gau-din, Ta-pie sous peine d'être raccourci comme Béré, Sarko, ou pire, carrément disqualifié comme Rebsamen. Dupont devrait raboter Aignan ou afficher son chiffre en majuscules comme VGE ou DSK. On ne fait pas campagne avec un nom à coucher dehors, Najat, ministre souriante à deux noms n'est qu'un prénom, Khomri devrait s'amputer de l'El.
Taubira seule, restera.
Le nom à deux tons façon pin-pon est plus Joly. Il est préférable au sifflet mono ton. Valls  sonne moins bien que Juppé ou Jospin. Il serait bien plus chantant précédé de l'adjectif « le » comme Le Pen, Le Drian, Lelouche. « Le » Valls ferait plus classieux, mais pas « La » qui serait une fausse note ; on se gausserait des pas de deux du Premier ministre à la une du Canard enchainé !

Revenons à Macron. Patron. Tiens, le mariage des deux noms se fait naturellement, quasi subliminalement. Merci Macron, merci patron. On a envie de le gratifier du sourire de reconnaissance des jours de paye. Car c'est un gentil au regard doux, il n'a pas l'allure d'un chef qui aboie mais d'un copain qui donne un coup de main.
Son patronyme se décline en toutes choses taquines : macron-maniaque, macron-phage, phile, phobe. Dans tous les genres macron-net, macron-nelle... Sur tous les continents depuis la macron-nésie jusqu'en Irlande chez les Mac Ron. Et aussi à toutes les sauces italiennes et flamandes que je vous laisse deviner.

Pourtant, il est incontestable que l'étymologie de Macron n'est pas comestible. À tort, certains prétendent qu'il est le diminutif de macaron ; allusion fantaisiste à la cocarde tricolore qui orne la voiture des ministres, ou référence au gâteau moelleux de beau papa. Non, Macron est un nom bien de chez nous qui vient du patois picard. Le « maqueron » c'est le menton. Rien à voir avec la ville des citrons. Il s'agit de l'appendice qui prolonge la machoire en bas du visage. Le maqueron ou macron peut être double ou triple, à fossette, saillant, pointu, en galoche, en avant, en retrait, volontaire ou fuyant, avec ou sans poils.

Selon les généalogistes la tribu des Macron compterait quelques milliers d'individus concentrés principalement dans le Nord de la France car ils n'aiment pas le soleil. Seuls quelques spécimens égarés auraient migré vers le Sud. Mais aucun n'a jamais tenté de faire souche en Corse, ni même en Aquitaine ou dans le Limousin. Cinq d'entre eux, pour des raisons obscures se seraient installés en Suisse. Une enquête est en cours.


Le Jules Verne de la finance naît en 1977 dans le diocèse d'Amiens, ville dont la sublime cathédrale illumine les mornes plaines de la Somme. Papa et maman sont médecins praticiens au CHU. Le jeune Manu (Emmanuel) poursuit une scolarité sereine dans un établissement catholique dont « le projet éducatif s'inscrit dans la pédagogie ignacienne (du jésuite Inigo de Loyola né en 1491)… pour y grandir et y bien vivre à son rythme ». C'est dans cette institution, « La Providence » qu'il tombera amoureux de Brigitte, son professeur de français dont il deviendra l'époux en 2007. En attendant et pour éviter le scandale façon Gabrielle Russier, le petit Macron est exfiltré vers Paris.
Bac scientifique en poche, par esprit de contradiction, il se tourne vers les lettres. Il échoue lamentablement au concours d'entrée à Normal Sup mais se rattrape avec un DEA de philosophie, Sciences Po et l'ENA.
Le voilà inspecteur des finances. Il est brillant en tout mais sans ostentation. Il aime Brigitte, mais aussi les enfants et les petits enfants de son épouse. Il joue avec talent du piano dans sa jolie villa du Touquet-Paris-Plage, le Saint-Tropez des Ch'tis.
À Paris, le charme discret de ce bourgeois de province séduit les chasseurs de talents. Les fondations américaines et françaises le courtisent. En 2002, Michel Rocard le prend sous son aile, il lui apprend les vertus de l'entrisme, les deux talents se complètent et s'apprécient. Avec cinquante ans de moins Macron aurait-il rejoint le PSU ? C'est probable car il s'encarte et fréquente l'aile droite du PS. Jacques Attali, un autre virtuose, le guide dans les arcanes de la politique parisienne.
Pendant les années Sarkozy, Macron est banquier chez Rothschild. Il fusionne et acquière à tout va. Fortune faite, il réintègre Bercy. Hollande lui offre un strapontin de cabinet à l'Elysée avant de le nommer Ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique. En 2014, il devient le treizième sur la liste des super héros qui depuis quatorze ans se sont succédé dans la fonction avec le succès que l'on sait : Montebourg, Sapin, Moscovici, Baroin, Lagarde, Borloo, Breton, Gaymard, Sarkozy, Mer, Fabius, Sautter.

Emmanuel Macron porte les ambitions d'une nouvelle génération, il est le chef de file d'une bande influente, ses amis de promo tiennent tous le haut du pavé à l'Hôtel de ville de Paris comme à l'Elysée. Pour ces quadragénaires sans mandat ni expérience du terrain, la politique c'est uniquement de la communication. Le parti ne sert qu'à promouvoir les incompétents. À cette condescendance répond le mépris des socialistes comme Martine Aubry «  Macron ?... Comment vous dire... Ras-le-bol ! Voilà ! »

La campagne Macron-médiatique qui s'annonce sera déterminante pour valider la stratégie politique des années à venir au sein d'un mouvement aspiré par son aile droite.

Si les barons parviennent à écarter Macron, il retournera à la banque où il attendra son heure. Mais son ascension foudroyante réserve encore des surprises car en cachette, l'homme rêve d'un mandat électoral. Bien malin qui pourra prédire le destin du plus craquant ministre du moment.

lundi 19 octobre 2015

Diplomatie: le geste et la parole



Les lettrés et les historiens connaissent la Chanson de Roland dont l'épée Durandal au pommeau d'or renfermant des saintes reliques faillit être emportée par un Sarrasin à Roncevaux le 15 août 778. Ce poème épique sublime de 4000 vers s'achève lorsque le Comte de Bretagne battant sa coulpe, offrit à Dieu son gant droit.
Son destre guant a Dieu en porofrit,
que les incrédules interprètent comme une allégorie de la main tendue, geste vieux comme le monde qui scelle la communion entre hominidés.
La refuser est une insulte réservée aux malotrus.


Les mauvaises manières protocolaires
En 2012, Manuel Valls alors ministre de l'Intérieur ne prit pas la peine d'allonger le bras depuis la seconde rangée des bancs de l'Assemblée Nationale pour saisir la main que lui tendait le Président de la République Tunisienne Moncef Marzouki en visite officielle à Paris. 
Plus récemment, un syndicaliste en colère ignora la main tendue du Président Hollande. 
Ni l'un, ni l'autre des illustres dédaignés ne méritaient cet outrage qui rabaisse leurs auteurs.

Comme dans la vie courante, le toucher de main est en diplomatie un exercice réglementé.
Interminable sur le perron de l'Elysée et devant la Maison Blanche, furtif dans les couloirs de l'ONU, parfois carrément évité grâce aux portes dérobées. Il y a même des sommets où les chefs d'État, ayant posé en assemblée devant la caméra, jurent de ne jamais s'être étreint les paumes. Ce fut le cas au Caire entre les Présidents français et soudanais que le paravent Al Sissi séparait.

Mais entre secouer chaleureusement et dédaigner ostensiblement, il y a toute une échelle de nuances. Le topé, le furtif, l'accompagné de la gauche, le grattouillé, l'enveloppé, le pincé mou du bout des phalanges, le vigoureux à faire plier les genoux.... avec le regard droit, appuyé, absent, clignant, détourné, en coin...la mine grave ou rigolarde, le menton en l'air ou la tête inclinée. Tout un art de la communication ! Dans les Académies diplomatiques, on enseigne les mille façons de se réchauffer les menottes. Mais attention ! Ignorer la main qui se tend pourra être interprété comme une déclaration d'hostilités tout comme le soufflet, le crachat et le mot de cinq lettres.

Pour éviter les attouchements compromettants nos plénipotentiaires ont pris l'habitude de détaler à la première contrariété. Les chancelleries du Yémen, Syrie, Libye sont closes jusqu'à nouvel ordre, d'autres sont entre-baillées par intermittence au gré des événements. Il est loin le temps où la France de Mitterrand se distinguait par l'ouverture avec panache d'une ambassade à Sarajevo sous le feu des mortiers ! Même dans les capitales moins périlleuses, les diplomates boudent régulièrement et ostensiblement. À la longue, Téhéran, Moscou, Rabat et même le Vatican se sont habitués.
Le quai d'Orsay surveille l'hygiène des mains, celles d'Arabie sont immaculées, celles de Mésopotamie sont infectées. Sa doctrine est finalement moins conciliante que celle du chaudronnier de la CGT qui décline le toucher rituel avec Hollande mais accepte la discussion et réclame haut et fort le dialogue.


Dialogue ! La diplomatie française semble détester ce mot décliné de la judéo-chrétienté qui implique - en rencontre ou en séparation - une poignée de main ou à la rigueur une inclination du buste façon Japon.
Cette politique intransigeante calquée sur la posture arrogante de la droite israélienne est intenable car sans dialogue, il n'y a ni vie, ni survie. Refuser d'échanger avec son ennemi est une absurdité. Discuter n'est pas adhérer. Le flic qui parlait à Merah avant de donner l'assaut n'était pas sous la menace contagieuse d'une conversion. Négocier avec l'adversaire n'est pas se soumettre, c'est la façon d'éviter que le pire s'additionne au tragique.

La diplomatie mercantile
Elle est assumée par Laurent Fabius qui déclare devant le Sénat : « La diplomatie économique est maintenant une des priorités acquise de la diplomatie »
Elle consiste à sélectionner ses interlocuteurs en fonction de leur solvabilité et des intérêts commerciaux. C'est sans précédent dans les annales diplomatiques où rarement la doctrine de l'enrichissement n'a autant supplantée celle des valeurs humanistes du maintien de la paix dans la sécurité internationale.

L'exemple de l'Arabie Saoudite est édifiant. Depuis que la maison des Saoud s'est ultra radicalisée ce pays est quasiment au ban de la communauté internationale. Même ses plus ardents soutiens historiques comme les USA et le Pakistan prennent discrètement leurs distances. Alors fort opportunément, Paris s'est engouffré dans la brèche et marchande son label Droit de l'hommiste. C'est navrant car le régime du roi Salman n'a rien à envier à celui du Calife de Daech. À Riyad comme à Mossoul, on tranche les têtes, on nie l'identité de la femme, on impose l'islam et sa pratique par le fouet, on fustige les juifs, on persécute les chiites, on bombarde impunément le Yémen voisin, on détruit les vestiges de l'histoire y compris ceux du prophète !
L'hebdomadaire Marianne titrait récemment en couverture: " L'Arabie Saoudite islamique". Nul n'a contesté cette appellation évidente de Martine Gozlan qui relevait en pages intérieures les troublantes similitudes entre des deux dictatures.
Le gouvernement ne semble pas s'en émouvoir.
Pour Laurent Fabius, l'Arabie ne constitue aucunement une menace à court ou long terme ni pour la France....ni pour Israël, alors que son avatar suscite de grandes frayeurs : « Nous alertons même sur le risque qui paraît lointain mais qui ne l’est peut-être pas que Daech puisse même à un moment s’accaparer la cause palestinienne » No comment.


À Riyad la semaine passée la Françarabie avait mis les petits plats dans les grands. Le grand Chef étoilé venu tout spécialement de Paris s'est surpassé malgré l'absence de sommelier. Avant le banquet et devant un parterre d'hommes d'affaires, le Premier Ministre Manuel Valls avait incité les Saoudiens à investir en France, pays champion de la productivité où la chienlit ne passera pas. Le hasard faisant bien les choses, les syndicalistes de la CGT lapideurs de chemise qui avaient terni l'image d'Air France venaient d'être interpellés dès potron-minet. Cette manifestation de fermeté de l'autorité judiciaire indépendante a été appréciée par tous les membres du très influent Conseil d'Affaires Franco Saoudien que son Président, le talentueux juriste et historien francophone Mohamed Ben Laden avait rassemblé en grand nombre pour l'occasion.

Cette amitié d'affaire sincère est nécessaire nous dit-on car elle porte l'espoir d'un demi point de croissance et surtout, d'emplois par milliers si les promesses de milliards se concrétisent. Elle enchante le patronat qui saura s'en souvenir car il est désormais illusoire d'espérer qu'Alain Juppé puisse jamais faire mieux.

Aujourd'hui, la compassion, le partage et la charité sont des valeurs hors de prix. 
Refuser de vendre des armes à l'Arabie, ouvrir les bras aux réfugiés par millions sont des luxes insensés que seuls les Suédois et les Allemands  peuvent s'offrir !
En somme, le gouvernement commerce avec le diable pour « être en capacité » de tendre la main à la misère du monde de demain.
C'est pourquoi pour le moment, il reste sourd aux appels de l'olifant.

vendredi 16 octobre 2015

Kadhafi et Bourguiba


Ils vécurent au siècle dernier et disparurent il y a quelques année associant à jamais leur nom à celui de leur pays. Sans Bourguiba, la Tunisie ne serait rien, sans Kadhafi l'utopie arabe serait orpheline.

Sur ces deux chefs d'État, peu de choses ont été écrites qui n'aient de leur vivant été commandées par leurs zélateurs. Les historiens commencent seulement à se mettre à l'ouvrage ; exercice difficile et laborieux car les rares témoins survivants aspergent d'eau de rose leurs souvenirs bonifiés par le temps. Les deux Raïs avaient en commun la démesure de leur ego, ils se mettaient en scène et parlaient d'eux à la troisième personne se donnant en spectacle du petit lever au grand coucher.

Deux hommes de lettres et de talent nous les font revivre.

Le Kadhafi de Yasmina Khadra
Tenter de comprendre le Colonel Kadhafi, se mettre dans sa peau, le raconter en chair, est un exercice qui ne pouvait être tenté que par un semblable ! Il fallait un homme, un arabe, un officier... pour percer la structure mentale fantasque du Raïs auteur du Livre Vert, programme politique farfelu distribué en son temps par millions à tous les illettrés de la terre. Il fallait un écrivain de la même couleur, un vert, un Khadra.
Ici s'arrête la déraisonnable comparaison chromatique entre l'écrivain subtil et le tyran sanguinaire.

Pourtant, c'est bien le dictateur libyen qui fait sa rentrée littéraire sous la plume légère de Khadra. Le roman est écrit à la première personne du singulier personnage : « je suis Mouammar Kadhafi, la mythologie faite homme ». Suit une farandole de fanfaronnades éblouissantes de «  je, moi  » qui ne sont pas tous haïssables.

« La dernière nuit du Raïs » ( éditions Julliard) est trop courte, elle ne permet pas d'évoquer tous ses exploits terrifiants, mais elle éclaire la genèse d'un incomparable bouffon dont le seul mérite en sympathie est d'avoir crié aux grands de ce monde son total mépris. Il n'a jamais plié, même sous les bombes US qui décimaient sa famille. Fier, indomptable, drogué, pervers, ignoble, mais droit et finalement digne. Le fou de la communauté internationale a amusé à la Kalachnikov l'actualité du monde pendant 42 ans. De l'Indonésie à l'Irlande, il a financé tous les révoltés de la terre, il a injurié et défié publiquement les rois et les puissants.

Le voici au soir de sa vie entouré de quelques fidèles en loques, dans une villa en ruines ciblé par les missiles, traqué par son peuple haineux qui hier encore l'adulait. Il soliloque ses souvenirs des sommets de la Ligue Arabe ; dresse quelques portraits saisissants comme celui de Ben Ali « chiffe mole en costume de caïd...maquereau endimanché... boursouflure maniérée ».
À ses compagnons d'infortunes de la dernière heure, il ordonne, réplique, pardonne les audaces. Les dialogues sonnent vrai. On s'y croirait.

Qu'en un lieu en une nuit un seul fait s'accomplit...la dernière nuit de Kadhafi respecte la règle des trois unités. Le roman de Yasmina Khadra est une fascination en fauteuil d'orchestre. On se surprend à souhaiter une adaptation au théâtre.

Le Bourguiba de Raja Farhat
En Tunisie, le grand comédien Mohamed Raja Farhat joue Bourguiba à guichet fermé. Il a ressuscité en chair en os et en faconde le père de la Tunisie orpheline. Sur scène, Raja est le Combattant Suprême réincarné. Dans la rue, on le reconnaît, les gens s'écartent avec respect en lui donnant du Sidi el Raïs, les femmes trillent des youyous, les passants lui offrent leur bouquet de jasmin, les enfants tendent la joue pour une bise. La prouesse n'est pas seulement celle d'un génial acteur, elle est aussi celle d'un éducateur et d'un historien car Raja Fahat ne se contente pas de mimer Bourguiba, il répand et prolonge la pensée du grand homme d'État.

Il y a peu de temps, l'artiste se produisait au Théâtre Reuilly à Paris où il avait été invité par la Fédération des médecins tunisiens en France laquelle regroupe pas moins de 311 praticiens dont une flopée de Professeurs agrégés.
Bourguiba était là ; fier comme Artaban, contemplant son œuvre immense. Grâce à lui, en moins de cinquante ans, la Tunisie est parvenue à s'extirper du sous développement au point d'exporter des docteurs et des doctoresses à l'ancienne puissance coloniale. Un exploit sans pareil !

Raja Farhat avait choisi pour son spectacle de faire revivre le fameux discours du Palmarium. Voici de quoi il s'agit :
Nous sommes en 1972, le jeune Colonel Kadhafi en visite en Tunisie s'exprime un soir de décembre devant 2000 personnes réunies dans la plus grande salle de cinéma de la capitale. L'orateur appelle les Tunisiens à se mobiliser pour l'édification d'une nation arabe unifiée du Golfe Persique à l'Atlantique. Le plaidoyer est habile, la salle est conquise. La population qui suit la retransmission à la radio, n'est pas insensible à la fougue du leader bédouin qui promet des lendemains glorieux de chasses à l'occupant sioniste.

 À Carthage, Bourguiba râle et ronchonne devant son transistor. Soudain, pris d'une géniale inspiration il bondit de son fauteuil, abandonne sa robe de chambre et réclame une voiture. Toutes sirènes hurlantes il est conduit en moins de quinze minutes au Palmarium. Il n'a pas pris le temps de lacer ses chaussures.
Devant une salle médusée qui se lève à son apparition, il s'empare du micro et entame un discours passionné qui renvoie adroitement Kadhafi à ses chimères. Il plaide pour une politique réaliste assumée. « Tu défie les États Unis alors que tu vis encore à l'âge de pierre....commence donc par sortir ton peuple du sous développement... à force de provoquer les occidentaux, il vont finir par te donner une raclée ! » Se moque t-il devant un public qui applaudit à tout rompre et entame l'hymne national. Puis de se lancer dans une leçon d'Histoire sur la décadence de la civilisation arabo-musulmane; exposé puissant et prémonitoire qui résonnera aux oreilles des Tunisiens pendant des générations.
Contrit, le jeune Chef de l'État Libyen regagnera son pays dans la nuit, mettant le recadrage de Bourguiba sur le compte de la sénilité. À l'époque, le leader libyen avait trente ans, le tunisien soixante dix et encore quinze années de pouvoir devant lui.

Aujourd'hui, sur les 22 nations arabes combien vivent en paix avec leur peuple et leurs voisins ? Deux ou trois. Pas d'avantage.
La Tunisie n'est pas épargnée mais elle résiste avec vaillance aux barbares ; forte de l'héritage d'un ancêtre clairvoyant qui la préserve du délire des ignares. Mais pour combien de temps encore ?
La Libye saigne depuis la mort de son dictateur, elle est disloquée en trois territoires convoités. Pourtant, de Tripoli à Bizerte, Libyen et Tunisien ne font plus qu'un peuple depuis que fuyant les nazis salafistes l'un s'est réfugié chez l'autre.
Ce n'est pas l'unité dont avait rêvé Khadafi, ce n'est pas le destin que voulait Bourguiba pour son pays.

Mais tant que Khadra et Farhat diront l'histoire, tous les espoirs resteront permis.

                                                      Bourguiba à Tabarka en 1952

dimanche 4 octobre 2015

Malédictions en cascade sur l'Arabie Saoudite




De mémoire de musulmans jamais autant de signes funestes ne s'étaient accumulés en si peu de temps.

En Arabie, cœur de l'islam, rien n'est profane tout est sacré. La vie n'est que prières à Allah pour l'assister dans son combat contre le diable. On se prosterne et on l'implore pour toutes raisons ; même pour la pluie et le mauvais temps. Si la tempête se lève, gronde et emporte quelques âmes vers les cieux : Allah a voulu donner un avertissement aux mortels pêcheurs. Rien n'est hasard tout est ordonné par le très haut.
Le moindre événement anodin est interprété comme l'expression du divin.
C'est dans cet état d'esprit qu'il faut appréhender les séquences répétitives de l'actualité tragique du hadj de cette année 1436 où 2,5 millions de musulmans ont pu accomplir le pèlerinage dont le rite est un des cinq commandements de l'islam.

Le Hadj noir
Le 11 septembre, comme pour marquer le tragique anniversaire des tours jumelles de New York, une grue de chantier appartenant à l'entreprise Saudi Binladen Group s'effondre : 111 morts.

Le 20 septembre à Jamarat, durant le rituel de la lapidation de satan les foules se télescopent. Bilan : 3, 4, 5 mille victimes ? Beaucoup moins selon la police. Qui le saura jamais ? La plupart ont été inhumées en odeur de sainteté le jour même. Victimes étouffées, piétinées, écrabouillées. Enfants, femmes, handicapés entremêlés...Les plus forts ont survécu, les plus faibles ont été broyés par le troupeau humain compacté à 7 bipèdes au mètre carré. Atroces destinés mais paradis d'Allah assurés. Nul n'est responsable « Le sort et le destin sont inévitables » a déclaré le mufti du royaume au Prince-ministre de l'intérieur, grand maître de l'organisation du Hadj.
Puis la politique a récupéré la tragédie et cherché les coupables.
Des experts arabo-saxons ont accrédité la thèse de l'incompétence, accusant un convoi militaire d'avoir dégagé une route réservée à la plèbe piétonne et fermé deux voies de secours pour que le Prince Ben Salman, fils du roi puisse accéder au plus vite à ses dévotions.
Cette médisante supposition a immédiatement été balayée par un très officiel communiqué accusant un mouvement orchestré par une troupe de pèlerins iraniens chargés de semer la zizanie. L'évidente providence les désigne en effet coupables puisque 463 d'entre eux ont péri ; sans doute pour inciter par l'exemple les autres centaines de piétinés d'une vingtaine de nationalités.

Enfin, le 28 septembre, pour parachever le cycle des indices néfastes du premier pèlerinage du règne du nouveau Serviteur des deux Saintes Mosquées, une éclipse a rougi le ciel de l'aube au dessus de la kaaba devant la foule de fidèles apeurés. Car la lune qui porte le nom de la 54 ème sourate du Coran est l'astre divinatoire. La superposition des deux lunes « al qamareyni » évoque les deux saintes prédictions « Dieu sème la crainte parmi ses adorateurs » et « l'Heure approche, car la lune se fend » que les dévots n'ont pas fini de méditer dans toutes les mosquées du royaume des ténèbres.

Satan est chiite
À ces manifestations du courroux divin il fallait désigner un bouc émissaire. Aujourd'hui, en Arabie islamiste, l'ennemi n'est plus le juif, ni le chrétien, pas même le mécréant. Non, le seul et unique pourvoyeur de malheurs des salafistes est le chiite.
Pourtant, tout comme le sunnite, le chiite est musulman. Il partage le même Coran, les mêmes lois, les mêmes observances, les mêmes sacrements. Certes, mais il a dévié. On le distingue clairement en tendant l'oreille lorsqu'il murmure sa profession de foi. 
C'est une histoire de calife qui voulait devenir calife à la place du calife il y a mille quatre cents ans. Une querelle pour l'héritage du prophète sur fond de liens du sol et liens du sang. Toujours est-il que depuis l'assassinat d'Ali le cousin et gendre de Mohamed en 661 le sang des musulmans coule encore.

Cette politique de diabolisation marque la faiblesse de la dynastie des Saoud qui est à bout de souffle.
De toutes les monarchies absolues, elle est la seule qui ne se soit pas ouverte aux réalités du monde de l'information et à l'accès à la connaissance. L'obscurantisme est toujours méthodiquement enseigné dans les écoles dont certains maîtres nient encore la rotondité de la terre et considèrent que le voyage dans la lune est une diabolique supercherie cinématographique tournée dans les studios de Hollywood. Le wahhabisme insensé ordonne que l'horloge de la pensée reste immuablement figée à la date de la mort de Mohamed : en 632. Mais les smartphones et les tablettes numériques rendent impossible le maintien de toute une population dans les ténèbres du passé. Le monarque est bien plus isolé que ne l'était le dernier roi de France.

La guerre des wahhabites
Pour tenter de reconquérir la légitimité de son pouvoir, la maison des Saoud a délaissé la voie de la réforme et choisi celle de la guerre contre son voisin le Yémen, bouc émissaire innocent et misérable, première victime de l'offensive contre les chiites.
L'occident n'y voit pas d'inconvénient car il y a infiniment plus de pétrole chez les islamistes monarchistes que chez les islamistes républicains. De surcroît, les chiites sont une poignée en Arabie et dans les Emirats, quelques uns au Liban, plus nombreux au Yémen, majoritaires en Iran, mais en tout, ils ne représentent que quinze pour cent des fidèles de l'islam. 
Il est inutile de préciser que cette extravagante croisade contre les chouans d'Orient, résurgence d'une guerre médiévale entre caravaniers est désapprouvée par la majorité de l'oumma de Dunkerque à Djakarta.
C'est une opération intérieure. 
Le roi stigmatise en espérant le rassemblement autour de la haine de l'autre. Le sang alimente la peur. Chaque semaine, on découpe la tête de quelques criminels et autres mal pensants.
La communauté internationale est indifférente à ces abominations. Elle proteste mollement car la priorité est donnée aux décapités de l'État Islamique et aux victimes de Bachar. Comble de cynisme, elle a même hissé (la France pareillement consentante) le royaume wahhabite à la présidence du comité des droits de l'homme à l'ONU. Les massacres de Yéménites par milliers ne seront jamais des crimes contre l'humanité.

La révolte des Princes
Le dernier espoir est celui d'un sursaut de la société civile. Mais en Arabie elle est à bout de souffle, l'inquisition veille. Les suspects de déviationnisme sont encagés par dizaines de milliers. La mauvaise pensée affichée est un crime. Il n'est pas de jour sans que le récit des brutalités de la police religieuse ne soit rapporté.
Reste internet, petite lucarne de lumière que l'appareil répressif s'acharne à occulter. L'argent est tellement puissant ! Tous les blogs des démocrates saoudiens se taisent, vaincus les uns après les autres. La semaine dernière, le compte Twitter de Mujtahidd - deux millions d'abonnés pour des informations puisées aux meilleures sources - révélaient que la cour du roi Salman était une pétaudière et que les incartades de son fils, Mohamed ministre de la guerre et du pétrole conduisaient le pays à sa perte. Pire, l'un des illustres descendants du fondateur de la dynastie a publié deux lettres ouvertes fustigeant le régime et contestant la légitimité du roi.

Parmi les 7 000 princes et princesses, tous ne sont pas des jouisseurs analphabètes dépravés, beaucoup d'entres eux, jeunes diplômés progressistes partagent les valeurs humanistes et s'insurgent contre la barbarie. Ils estiment que le temps de la réforme est venu et qu'une évolution de la monarchie à l'exemple du Maroc et de la Jordanie est une condition de leur survie.
Cette minorité d'altesses constitue l'avant garde de la noblesse qui pourrait bien conduire à une révolution de palais.
Si Allah le veut !