dimanche 5 janvier 2014

Les étincelles de la Françarabie



Revenons sur le voyage de fin d'année de François Hollande en Arabie Saoudite.
Le 29 décembre à quinze heures, à la minute où il posait le pied sur le tapis rouge du tarmac de l'aéroport Royal de Riyad un communiqué de presse annonçait le dépôt d'une plainte contre EDF dans le Royaume.
Ni le Président de la République, ni celui de l'électricité qui l'accompagnait n'ont réagi. Fidèles à leurs postures favorites, ministres et patrons de la suite officielle ont contemplé leurs chaussures en méditant sur les conséquences de ce camouflet public inédit dans les annales diplomatiques du monde arabe qui traditionnellement accueille les visiteurs étrangers d'un souriant « marhaba », en taisant poliment les sujets qui fâchent.

Soroof International contre EDF International n'est pas un contentieux commercial banal car il porte sur les perspectives du nucléaire civil dans le royaume. Cent milliards de dollars au bas mot. Une paille ! L'entrepreneur saoudien accuse Proglio de déloyauté. C'est le pire des forfaits dans un pays où il est encore d'usage de sceller des transactions qui engagent des générations par une simple poignée de main. Les arabes de la péninsule sont des maquignons au tempérament corse. On ne divorce pas facilement quand on a topé.
Accuser la plus grande entreprise française de trahison pendant une visite officielle n'est pas le geste anodin d'un traine patin. Le plaignant est une Altesse Royale, un intouchable Prince, parent du souverain.

La maladresse commerciale d'EDF qui a pourri la visite présidentielle illustre l'art français de la girouette et la propension à se mêler inopportunément des affaires des autres.
La monarchie saoudienne s'appuie sur un consensus entre des tribus qui se livrent en coulisse à des joutes savantes pour grignoter une parcelle de pouvoir au détriment de leurs cousins. L'équilibre est instable, il dépend du talent et de l'audace des chefs. A la cour les règles de successions ne sont pas simples et le plus vieux roi du monde est gâteux. Il règne mais ne gouverne pas. Son fils le ministre de la garde nationale n'est pas assuré de monter sur le trône, pas plus que le grand chambellant qui dirige le cabinet royal, un roturier. En s'appuyant sur ces deux hommes, l'Elysée a pris un pari d'avenir risqué, mais surtout, il s'est éloigné des clans rivaux. Notamment celui des Sultan qui maîtrise toujours les forces armées et les affaires stratégiques et avec lequel Paris a topé à l'époque du Général de Gaulle lorsque Riyad entendait remercier la solidarité française à la cause arabe.
La mise de Hollande sur la Syrie sera-t-elle récompensée à la même hauteur ? Ce n'est pas certain car en Arabie, cette guerre est loin de faire l'unanimité.
Entre les sept mille princes de la dynastie de Riyad et la bourgeoisie du Levant les liens familiaux existent depuis plusieurs générations car la plupart des nobles ont pour seconde ou troisième épouse une syrienne. Cette guerre entre les Assad et les Saoud est matricide ; il y a désormais autant de sang syrien dans les veines bleus des saoud que sur leur mains. En acceptant un bon d'achat de trois milliards d'armement pour le Liban, Paris joue les intermédiaires.
Tous ceux qui depuis Albert Londres ont voyagé dans la péninsule arabe vous le diront: lorsqu'on perçoit des chikayas sous la tente des bédouins, il est préférable de s'en éloigner. La France en s'inférant risque de récolter des coups en guise de remerciements.

En bousculant les approches prudentes de l'Arabie insondable, François Hollande innove.  A t-il perçu les prémices d'un printemps saoudien qui fera basculer le royaume des ténèbres dans celui des lumières ? La Françarabie du Président nous réservera sans doute d'autres surprises.


Post scriptum : en marge de ce voyage présidentiel, Monsieur Ziad Takieddine a profité des fêtes de fin d'année pour aller faire son shopping à Beyrouth et à Londres. En haut lieu, on s'est soudain souvenu le 31 décembre, que l'alibi public des rétrocommissions franco-saoudiennes n'avait pas le droit de voyager. Il a été interpelé dans l'Eurostar et sommé manu militari d'aller réveillonner en prison.

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