mardi 11 juin 2013

Albert Kahn et Paul Belmondo à Boulogne Billancourt



Jadis, la ville était le terminus de la ligne de Montreuil, banlieue grise qui chargeait chaque petit matin des milliers d’ouvriers. Le métro cheminait dans le tunnel sous les beaux quartiers du Paris endormi. Rendu au Pont de Sèvres, il déversait  les forçats de la chaîne qui s’en allaient embaucher chez P’tit Louis rebaptisé Régie Renault pour cause de fricotage pendant l’occupation. La gigantesque usine à prolos faisait peur. A Boulogne en 1968 Sartre haranguait les syndiqués. Les jeunes gauchistes et les vieux anars testaient des slogans. Puis, Pierre Overney le grand père de Clément Méric est mort assassiné. La R5 est tombée en panne. L’usine a fermé.
Des dizaines d’années sont passées.
Les promoteurs immobiliers ont conservé la façade « Régie Nationale des Automobiles Renault » car le rétro fait vendre. Les bobos d’aujourd’hui ne sont-ils pas les fils des gauchos d’hier ? D’ailleurs c’est à quelques rues de là que vivait un couple célèbre : l’une manqua l’Elysée, l’autre réussit l’examen. L’adresse n’est pas encore sanctuarisée par une plaque ou un musée.

A la lisière du quartier très chic qui borde la Seine et le bois se niche le jardin du monde.  
C’est l’œuvre d’un grand Français, célèbre inconnu qui l’avait méthodiquement voulu. Monsieur Albert Khan banquier discret refusait de perdre son temps en futilités et en mondanités. En dehors de l’argent, sa passion était la découverte du Monde. Des centaines de reporters sillonnaient la planète et venaient lui rendre compte. Des trente premières années du vingtième siècle, aucun événement ne lui échappa. Khan l’Alsacien pacifiste utopiste croyait naïvement que pour éviter la guerre, les hommes devaient se connaître. Textes, photographies, films, l’ensemble est conservé dans un musée que les nostalgiques de la belle époque viennent consulter jalousement.
Plutôt que de voyager à la découverte de paysages, Albert Khan avait conçu chez lui à Boulogne, le plus formidable  jardin du Monde. Aujourd’hui le petit parc merveilleux attire les foules. On queute à n’en plus finir, on se presse dans la roseraie, on se bouscule dans les bosquets japonais, on piétine les allées de la forêt vosgienne, on photographie à tout va pour montrer le jardin d’Albert à un Khan de Pétaouchnock.
Jadis, quand les touristes craignaient la roture de Billancourt, le parc offrait gratuitement à quelques audacieux des repaires secrets où les poliçons et les coquines cachés sous les frondaisons des cèdres et des épicéas bleus, faisaient des galipettes.

Coïncidence étrange la mémoire d’Albert Khan qui consacra sa vie à se faire oublier côtoie celle d’un comédien qui fit tout pour se faire remarquablement remarquer.

Tout le monde connait Jean Paul Belmondo le plus extraordinaire et le plus populaire acteur français. Une carrière à 58 films, 130 millions de spectateurs. Le sourire éclatant, la main tendue chaleureuse. Ah ce n’est pas lui qui partirait en Tchétchénie !
Mais que laissera-t-il à la prospérité. Un musée ?
Eh bien oui ! Le musée Belmondo. Non pas celui du comédien fantasque et drôle, mais celui de son père Paul, disparu il y a trente ans ; un monsieur charmant qui faisait avec élégance de la sculpture et du dessin.
On doit à la générosité filiale de Bebel  l’époustouflant musée Paul Belmondo à Boulogne Billancourt.
Dans une ancienne demeure des Rothschild, Karine Chartier et Thomas Corbasson ont conçu un aménagement muséal prodigieux. On admire tout  autant et même parfois davantage le travail des architectes que celui de Paul Belmondo. Le Doulos doit être fier. L’œuvre de son papa repose dans un « bebel » écrin.

Belmondo père était un autodidacte algérois qui s’était forgé une notoriété à coups de burins. Un beau gosse aussi. Les dames de la haute devaient  fondre sous le regard durant la pause. La sculpture de Belmondo ? Elles adoorent. C’est beau, c’est académique, c’est pour celles et ceux qui n’ouvrent jamais les yeux dans la rue, qui portent des pyjamas devant la glace, qui vivent aux pays des niqabs. Mais les dessins aux crayons de couleurs, les croquis à la va-comme-je-te-pousse… Alors là pardon ! Ils donnent envie d’embrasser la main de l’artiste.
Quelle famille !

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