jeudi 22 juin 2017

Le Qatar au pilori

Énorme, inouï ! Aucun scénario n'avait envisagé cette catastrophe aux conséquences encore incalculables. Le vent de panique qui souffle depuis le 5 juin en provenance du Qatar gagne la France. Banquiers, diplomates, spécialistes et stratèges en tous genres se demandent comment se prémunir du pire. Fort heureusement, la bourse n'a pas encore bronché. Les cours de Lagardère, Vinci, Engie, BNP, Veolia, AXA, Airbus, Carrefour, GDF Suez, Accor, Total, Technip....sont restés zen. Aucun footballeur du Paris Saint-Germain n'a toussé, aucun parieur du Grand Prix de l'Arc de Triomphe n'a henni, aucun homme politique n'a pleurniché, aucun journal n'en a fait sa une.

La loi du silence
Ce qui s'est passé au Moyen-Orient est pourtant stupéfiant. Le « meilleur ami de la France », détenteur de participations majeures dans la presse, l'édition, l'hôtellerie, l'armement, le BTP, la publicité, le luxe, la sécurité, le sport...est ouvertement accusé par quatre pays arabes de nourrir le terrorisme international. Le Qatar serait-il le sponsor de Charlie, Bataclan, Hyper-casher, Nice ? La surprise est de taille pour ceux qui ne savent pas lire (1). Toujours est-il qu'en moins de trois semaines, le richissime Qatar est passé du statut d'État courtisé à celui de voyou.
Accaparée par les élections et délaissée par la presse, l'opinion publique française n'a pas encore pris la mesure de la gravité de l'événement. La sidération a paralysé les initiatives de la classe politique au point que tous les conseillers en communication s'accordent sur cet unique élément de langage : se taire, ne rien dire, pas un mot.
L'Émir du Qatar lui même est devenu muet depuis que l'Arabie Saoudite, les Émirats Unis, Bahrein et l'Egypte ont subitement accusé son pays de financer le terrorisme. Cette mise à l'index sans sommation assortie de rupture des relations diplomatiques, fermetures des frontières et publication d'une liste d'accusés nominés, a frappé de stupeur l'ensemble de la communauté internationale à l'exception des États-Unis dont le Président s'est empressé de tweeter son approbation. Mais ni l'ONU, ni la Ligue Arabe, ni la Ligue Islamique, ni le conseil de coopération du Golfe n'ont moufté.

Il était une fois...
Le Qatar n'est pas une nation, c'est une fable. Tout a été dit sur ce confetti, sa télé à l'audience planétaire, sa main-mise sur l'information et le sport, ses achats extravagants, son prosélytisme salafiste maquillé en œuvre de charité, son irrésistible pouvoir de séduction chez les politiciens véreux de tous bords... (2)
Et voici qu'en moins d'une heure, la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf s'est dégonflée. La baudruche de gaz sans terre ni peuple est désormais menacée de disparition par la simple OPA inamicale des pays pétroliers voisins. La famille Al Thani, propriétaire de l'Eldorado gazier a fait fausse route. Elle aurait pu comme Dubaï ou Bahrein se contenter de prospérer au milieu de ses 200 mille sujets, mais elle a voulu s'acheter une politique étrangère et s'ingérer dans les affaires du Monde à la faveur de l'assoupissement des dirigeants arabes grabataires et de la complaisance tarifée des occidentaux. L'arrivée de Trump aux affaires a subitement fait monter les enchères de l'accès à la cour des grands. Le Qatar est aujourd'hui prié de passer à la caisse pour payer le prix de ses impudentes ambitions.

Le business plan de Donald
Ce coup de force diplomatique du Président des USA est conforme à sa réputation de faiseur d'argent. Imaginons : Maison Blanche, bureau oval. Question de Donald Trump : « combien nous rapporte le Qatar ? » « pas assez  » répond l'US Secrétaire d'État ex-PDG de Mobil-Exon. « OK, les gentils Saoud sont de gentils clients à 400 milliards. Ils veulent le Qatar. Qu'on leur donne ! » Exit l'Émirat microbien.
C'est simpliste mais hélas plausible. À Washington le hard business a prit le pas sur la diplomatie conventionnelle. La cohérence de la vison de Trump au Moyen-Orient est celle d'un prédateur d'affaires face à une montagne de fric. Cette stratégie fait le bonheur des néoconservateurs frustrés par les années « peace & love » d'Obama.
Réagissant au discours du Président à Riyad le 21 mai dernier, l'administration applique désormais la nouvelle feuille de route du marketing stratégique (3) Les communicants ont mis au point un plan média sur fond de provocation diplomatique, menace iranienne et lutte contre le terrorisme. En plein mois sacré de ramadan Trump a déclenché la guerre des gangs chez les wahhabites. Cette tactique rappelle celle d'Eliott Ness à Chicago et aucun honnête américain ne viendra se plaindre d'une Saint-Valentin chez les terroristes.

Guerre sans sang
C'est le paradoxe (peut-être provisoire) de ce coup de main au cœur d'une des régions les plus militarisées du monde. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, le Qatar s'est retrouvé pacifiquement encagé dans sa péninsule de sable. Blocus terrestre total, accès maritime et couloir aérien restreints. Pour un pays qui ne produit strictement rien à part du gaz liquéfié, c'est la mort lente assurée. Faute d'approvisionnement, les gigantesques chantiers sont stoppés et la population composée pour ses neuf dixième de deux millions d'immigrés masculins se retrouve désoeuvrée. Au quinzième jour de l'embargo, l'inquiétude gagne. Nul ne sait si le double salaire de ce mois de ramadan sera payé. À Doha, les autorités tentent de rassurer les consommateurs. Les quatre gigantesques Carrefour affichent les arrivages de denrées de Turquie, d'Iran et même des pommes de terre d'Algérie ! Voici le pays le plus riche du monde condamné à la frugalité. Certes l'Émirat d'opérette n'est pas Cuba ni le Yémen, la paix du monde n'est pas (encore) menacée, mais il est toujours dangereux de laisser les enfants inconscients jouer avec les allumettes à coté d'une bonbonne de gaz. Or, tout comme Donald Trump, Mohamed Ben Salman d'Arabie est immature et impulsif. Au terme d'une habile révolution de Palais, l'ex-numéro trois du royaume, fringant trentenaire, a capté l'héritage de son vieux père sénile. Il est depuis le 21 juin assuré d'être roi. Ce n'est pas un tendre. En mars 2015, avec la bénédiction de Washington, il avait provoqué une impitoyable campagne de bombardements du Yémen au prétexte de lutte contre le terrorisme. (4) Le Qatar va t-il suivre le même chemin ? Tout est possible !

L'addition du siècle
Pour l'instant les dommages sont surtout financiers. Qui va payer les fabuleux manques à gagner, les retards ou l'annulation de la coupe du Monde de foot de 2022 ? Cas de force majeure disent les assureurs et tout le monde pleure. Les optimistes s'accordent à penser que la crise se terminera par une transaction dont le prix sera à la hauteur des conditions inacceptables posées par l'Arabie et les EAU : arrêt des émissions d'Al Jazeera, expulsion des Frères Musulmans étrangers et des membres du Hamas réfugiés.
Pour signifier son allégeance et manifester sa bonne volonté, l'Émir a subitement sorti de sous son coude, un ordre de virement de 12 milliards de dollars pour l'achat au prix fort de 36 chasseurs- bombardiers F-15. Les Américains ont apprécié le geste, l'estimant très insuffisant.

Le Qatar impuissant
Washington et Riyad vont continuer à tirer sur l'élastique car Doha n'a rien à brandir en échange. Pas même la menace de couper le gaz qui est principalement exporté vers l'Asie, ce qui ferait l'affaire des Américains. L'armée d'opérette constituée de quelques milliers de mercenaires du tiers monde encadrés par une poignée d'officiers qatariens serait impuissante face aux onze mille hommes des forces US, UK et Australiennes qui stationnent dans la gigantesque base d'Al Udeid à trente kilomètres du Palais de l'Émir. Enfin, il est hautement improbable que Moscou ou même la Turquie - qui a fait semblant d'envoyer des troupes -, volent au secours de l'interchangeable famille régnante de l'Émirat au risque de se fâcher avec l'Arabie Saoudite où les enjeux économiques sont autrement plus sérieux. Pressés de choisir entre deux royaumes salafistes obscurantistes infréquentables, la plupart des États musulmans n'ont d'ailleurs pas hésité longtemps avant de se ranger au coté du plus riche. D'autres, comme le Pakistan affichent une neutralité propice à faire monter les enchères.

La diplomatie française prise en tenaille
Depuis Paris, l'affaire n'est pas si simple. En apparence, les échanges entre la France et le Qatar sont modestes. Doha n'est que le 47 ème client de Paris.
Les investissement croisés ou jumelés sont en revanche plus significatifs car l'Émirat est omniprésent dans des secteurs sensibles. Il est même associé à l'État français dans un fond commun de placement avec la Caisse des Dépôts et Consignations. Au surplus, ses ressortissants bénéficient de privilèges fiscaux indécents.
Mais c'est surtout dans le domaine de l'armement et de la sécurité que la France risque de laisser des plumes car non seulement elle est le principal fournisseur de l'Émirat mais elle a noué des relations étroites de toutes natures : échanges académiques, formation des élites et encadrement techniques des forces armées, de la police et des services de renseignement. Le respect des nombreux accords de défense et partenariats stratégiques est devenu dramatiquement problématique.
Comme Paris ne peut pas rester l'arme au pied, Macron et Le Drian gagnent du temps, ils gigotent diplomatiquement mais la posture sera vite intenable si Riyad durcit le ton : « êtes-vous avec nous ou contre nous ? »
Enfin, l'onde de choc va non seulement modifier les rapports de force au Proche-Orient mais aussi en Afrique du Nord où les réseaux officiels et officieux de l'Émirat faisaient la pluie et le beau temps. Le décrochage qatari en Libye et en Tunisie va bouleverser le paysage politique. On se souvient qu'au cours d'un voyage dans chacun de ces pays au lendemain de la chute de Khadafi et de Ben Ali, l'Émir du Qatar (père de l'actuel) avait fanfaronné « ici, je n'ai pas besoin d'être invité, je suis chez moi ! » Mais aujourd'hui, le Qatar n'est plus et le message de Trump/Salman est clair : il doit dégager de partout. De France pareillement ?
Héritier de deux quinquennats sans gloire, Emanuel Macron aura t-il l'humble sagesse de se tenir à l'écart des guerres salafistes ?



mardi 30 mai 2017

Trump d'Arabie

La tournée orientale de Donald Trump va modifier la face du monde arabe. Sauf improbable impeachment, la nouvelle doctrine américaine aura des conséquences d'une ampleur majeure car le discours de Riyad devant un parterre de chefs d’État et de gouvernement musulmans sera la feuille de route de l'administration US pour les prochaines années. Il convient donc de s'y attarder en se souvenant que celui d'Obama au Caire en juin 2009 avait été un encouragement clair aux soulèvements des « printemps » qui suivirent.

Oh my God ! Business as usual...
Un Donald ça ose tout, c'est même à ça qu'on le reconnaît. Pour sa première sortie internationale, il a fait fort : Arabie, Israël, le Vatican. Évidement, on est tenté d'ironiser sur la tournée spirituelle du barnum en levant les yeux au ciel. Le sentiment religieux était magistralement incarné par Trump le père  flanqué de ses deux émouvantes apôtresses  en cheveux en Arabie, en pleurs à Jérusalem, en noir au Vatican,
Trump a réduit l'équation complexe de l'Orient à quelques idées simples et simplistes à la façon des mercantis de Brooklyn : on provoque, on menace, puis on transige en feignant d'être magnanime.
Il y a encore quelques semaines les pourparlers entre Washington et Riyad piétinaient ? Alors la Maison Blanche a mis la pression en refoulant quelques musulmans de nationalités subitement interdites. Stupeur et consternation des Saoudiens ! Et si demain l'Arabie étaient mise au ban ? Et si l'Amérique dénonçait les massacres au Yémen, le financement de Daech et Al Qaïda, les atteintes aux droits fondamentaux de l'être humain ? Et si elle abandonnait son protectorat militaire et pétrolier ? Si elle privait le royaume de Mc Do, KFC et Coca Cola ? Après avoir rapidement réfléchi, les Saoudiens ont convenu qu'ils n'avaient pas le choix. Face à un maboul imprévisible, il fallait faire le dos rond.
Les négociations ont été menées par Monsieur gendre, juif pratiquant et sioniste fervent. En face, les plénipotentiaires du roi n'ont eu d'autres choix que d'avaler toutes les couleuvres en se remémorant l'un des slogans de la campagne présidentielle: « les Saoudiens paieront » quand le roi Salman s'était ouvertement et pécuniairement engagé en faveur d'Hilary Clinton.

The big deal
Sans barguigner les Saoudiens ont accepté de payer une addition salée de 380 milliards ! Ce montant est fabuleux. C'est pour l'Arabie, l'équivalent de quatre années de revenus pétroliers. Le roi n'a pas eu d'autre choix que d'accepter cette razzia. C'était ça ou la disparition de la dynastie des trancheurs de cous. Conciliante, l'Amérique pour temps, fera semblant d'oublier que 15 des 19 assassins de 3 000 New-Yorkais du World Trade Center étaient des sujets saoudiens ; pour un temps la Justice Against Sponsors of Terrorism Act (Jasta) regardera ailleurs.Ce répit est le prix du sang.
La transaction va créer des milliers et des milliers d'emplois en Amérique ; elle va aussi provoquer des années d'austérité budgétaire chez les Saoudiens qui seront contraints de brader la privatisation de l'Aramco, première entreprise mondiale valorisée à plus de 3 000 milliards de dollars. D'autre big deals en perspective...
La seule concession en trope l'oeil de Washington est l'Iran. Qu'à cela ne tienne, les États Unis ont promis de reprendre leur propagande iranophobe (tout en maintenant leurs liens discrets). La stigmatisation de l'Iran présente entre autres avantages de justifier la commande d'une première tranche de 110 milliards de dollars d'armement par l'Arabie (montant record jamais égalé dans le monde) et d'éviter une trêve entre sunnites et chiites qui affaiblirait Israël. Le pouvoir de Téhéran qui venait d'être reconduit très démocratiquement ne s'y est pas trompé ; assimilant la tactique de Trump en Arabie à celle d'un représentant de commerce il a modérément protesté critiquant la vache à lait saoudienne qui se laisse traire avant d'être égorgée.

Ya salam ! Salman, Melania & Yvenka ?
Le voyage à Riyad avait été mitonné aux petits oignons par de grands chefs de la communication planétaire. Arrivé flanqué de son épouse et de sa fille, toutes deux superbement enrobées et crinières déployées, Trump a été accueilli par le roi et sa cour au grand complet. L'image resplendissante de Melania et de Yvenka toisant le roi des obscurantistes a fait le tour du web immédiatement. Les Saoudiens qui sont les plus branchés de la planète se sont déchainés sur les réseaux sociaux. On raconte même que dans les casernes, des soldats lubriques ont affiché au mur le journal du jour avec la photo incroyablement libertine de ces deux femmes impudiques, exhibant fièrement leur visage, leurs chevilles et leurs mains totalement dénudés !
À la vue de ces images, les wahhabites ont compris que leur roi faisait allégeance au suzerain américain.
Après un banquet et quelques simagrées folkloriques avec son vassal, Trump a convoqué les 5 émirs des pétromonarchies du Golf pour leur faire la leçon. Puis il a adressé un message à la cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement accourus la veille avec empressement. Dans les sommets diplomatiques de ce genre, il est d'usage que chacun prenne la parole à tour de rôle, mais à Riyad, fait sans précédent, le Président seul et unique orateur a harangué un parterre muet de représentants de pays soumis.
Venu délivrer son message universel aux musulmans sunnites, Trump s'est comporté en Pape de toutes les religions.

Le discours urbi et orbi
L'audition ou la lecture de la transcription de cette allocution de 58 minutes a plongé les diplomates de toutes les chancelleries dans une profonde perplexité. Comment analyser ce galimatias de phrases à la syntaxe approximative, pauvre en vocabulaire, riche en formules creuses. Comment trier l'important du superficiel ?
Les dirigeants musulmans assis dans la gigantesque et luxueuse salle de conférence ont écouté sagement, la mine perplexe ou consternée. Ils ont applaudi modérément. Aucun d'entre eux ne s'est levé pour crier « je vous aime ! » comme jadis un étudiant du Caire à Obama.
Après avoir débité une introduction d'autosatisfaction – à l'adresse du public américain - vantant les milliards de commandes engrangés, le President Trump s'est adressé aux musulmans sur un registre simpliste et redondant autour de deux mots : Dieu et terroristes.
Florilèges : « C'est un combat entre Dieu et le Diable, entre la paix et le terrorisme... L'Amérique ne peut pas choisir à votre place.... Chassez les terroristes, chassez les hors de votre terre sacrée...Chaque pays de cette région a l'absolu devoir de s'assurer qu'il n'y a aucun sanctuaire pour les terroristes sur son sol... Si vous choisissez le chemin de la terreur, votre vie sera vide, votre vie sera courte et vous perdrez votre âme »
La menace était enveloppée dans un flot de compliments adressés aux uns et aux autres pour leurs efforts dans la lutte contre le terrorisme. Comble de la duplicité au pays des hypocrites, il a félicité l'Arabie « qui a pris des mesures fortes contre les Houthis au Yémen » (28 mois de bombardements quotidiens, des dizaines de milliers de victimes civiles, une économie ravagée, un peuple affamé décimé par les épidémies ...)
Trump a aussi annoncé la création en Arabie d'un Centre Mondial de la lutte contre l'idéologie extrémiste. C'est l'union des assassins pour la protection de leurs victimes. Il fallait oser !

La diplomatie money cash
Trump est inculte, vulgaire et grossier mais c'est une businessman de métier qui vient de réussir la plus belle transaction commerciale de tous les temps. La diplomatie d'affaires a pris le pas sur la diplomatie d'influence salafiste. C'est une option décalée appelée à remporter d'autres succès au Moyen-Orient si les formes sont respectées et que les perdants ne sont pas humiliés.
Après avoir encaissé le chèque des Saoud, Trump a inauguré la liaison aérienne Riyad-Tel Aviv où il s'est posé avant d'aller se lamenter en famille devant le mur de Jérusalem. Oh my God ! Sa cote de popularité a bondi aux Etats-Unis alors que les dents de tous les intégristes musulmans grinçaient.
Il a rencontré abondamment les Israéliens et pour faire bonne mesure, il est aussi allé voir les Palestiniens à Bethléem ville emmurée. Aux colonisés dans leur propre pays, il a sentencieusement déclaré «  faire la paix ne sera pas facile... mais avec de la détermination et de la conviction les Israéliens et les Palestiniens peuvent conclure un accord » Publiquement il n'a pas eu un mot pour les milliers de prisonniers palestiniens en grève de la faim depuis le 17 avril pour obtenir des conditions de détention décentes. Mais selon Le Monde, journal très informé, son influence aurait été déterminante pour faire fléchir les Israéliens contraints d'entamer des négociations avec Marouane Barghouti quelques heures après le départ du Président Américain.

Piquer les sous aux Saoudiens, défendre les prisonniers palestiniens, décidément, le bilan de la tournée Trump n'est pas si détestable !


jeudi 11 mai 2017

Après la présidentielle, comment ?

C'est le titre d'un livre publié chez L'Harmattan. L'auteur Bertrand Fessard de Foucault est un homme rare qui rappelle Chateaubriand. Comme lui il aurait pu devenir ministre et écrivain célèbre si la sincérité de sa pensée n'était pas en avance sur son temps. Il dit toujours ce qu'il pense. Pire, depuis son adolescence, il l'écrit. Fébrilement. C'est un besoin quasi biologique. Chaque jour des milliers de mots à des centaines de correspondants croisés durant sa vie de septuagénaire bien remplie. C'est un humaniste affable qui aime la compagnie de son prochain, un chrétien authentique, un socialiste naturel, un gaulliste patriote. En toutes circonstances, il cherche le regard et retient la poignée de main. Son parcours est étonnant. Études couronnées au sommet : agrégatif en droit, Sciences Po, ENA suivies d'une carrière entravée par le sérail qui détesta ce vilain petit canard républicain brillant, ouvert et spontané, donc imprévisible. Les petits marquis sans blason le jalousaient, les incroyants raillaient sa ferveur religieuse.
Heureusement très tôt quelques grandes intelligences le reconnaissent comme un des leurs. « Le Monde », à une époque le journal faisait la pluie et le beau temps, lui ouvre ses colonnes. Des ministres l'écoutent, des chefs d'États le consultent discrètement. Pour autant, Bertrand Fessard de Foucault restera longtemps collé au plafond de verre de la haute administration. Sa carrière sera celle d'un Conseiller au service du commerce extérieur de la France dans plusieurs pays étrangers jusqu'à ce que Pierre Bérégovoy, premier Ministre autodidacte issu du peuple, reconnaisse l'un des siens dans l'énarque bien né. Il le nomme ambassadeur et lui confie l'ouverture de la première ambassade de France au Kazakhstan. Vingt mois plus tard, en 1995, Juppé alors ministre du gouvernement Balladur, cédant à la pression d'un homme d'affaires douteux, rappellera sans raison ni autre forme de procès cet iconoclaste de la diplomatie contraint à la retraite prématurée dans ses bois du Morbihan.

« Après la présidentielle comment ? » est le parcours d'un homme libre, le testament d'une époque écrite au fil des jours, un livre de recettes pour le bonheur de l'avenir. Avec obstination et les seuls encouragements de sa fille âgée de treize ans et de son épouse, l'auteur a eu l'audace récente de se présenter aux élections présidentielles. Après tout, un énarque ancien ambassadeur aurait-il moins de crédit qu'un Asselineau, un Lassalle ou un Cheminade ? Hélas, cette expérience le confirme car la course aux 500 signatures est surtout une question d'argent. Pour approcher les 42 000 grands électeurs sélectionneurs de l'équipe présidentielle il faut en avoir les moyens. Fessard de Foucault n'en a aucun. Alors, dans ces conditions, comment contourner la mauvaise volonté des préfets et du ministre de l'intérieur à communiquer le fichier numérique des élus de la république ? Comment avoir recours aux collecteurs professionnels coûteux mais efficaces ? Sans parti ni mécènes, l'ambition électorale suprême est chimère. Tout comme la quarantaine de citoyens-candidats il n'a pas obtenu le nombre de parrainages suffisants pour se hisser à la tribune des médias.
Celui qui se présentait avec humilité non pour être élu mais pour proposer a échoué.

De cette tentative vite oubliée, il restera ce livre modestement édité et insuffisamment diffusé que des historiens et politologues avisés liront avec gourmandise car il hisse le regard du lecteur à la hauteur d'un témoin d'une déconcertante lucidité sur l'état de la France de 2017.
L'ouvrage échappe à l'académisme ennuyeux des programme électoraux attrapes gogos fabriqués par des publicitaires astucieux. Il est truffé d'anecdotes parfois surprenantes mais toujours abondamment documentées notamment sur les turpitudes de nos dirigeants en Mauritanie, au Brésil ou au Kazakhstan. Ceux des lecteurs qui n'adhéreront pas aux réformes proposées pour redresser la France, approuveront les recommandations et les mises en garde souvent prémonitoires que l'auteur depuis dix ans couriel sans se lasser à l'Elysée. Hélas, sans d'autres échos que des accusés de réception polis. Pourtant, du haut de son expérience et de sa culture étonnante de l'Europe et du Monde, le vieux diplomate aux accents gaulliens, projette une vision de ce qui sera sans doute la société française numérisée de demain faite d'échanges et de considération mutuelle. Le projet de Bertrand Fessard de Foucault est son ultime message politique, son « testament d'un encore vivant grâce à d'autres que lui », l'hommage à des illustres disparus de la mémoire de la République : l'Abbé Pierre, « l'homme cri » Maurice Couve de Murville, « le ministre de la confiance » Jacques Fauvet journaliste « la fraternité d'un grand ainé », Michel Jobert ministre de Pompidou « d'une présence muette intense ». Est également évoqué une fraternelle coopération avec Mokhtar oud Daddah Premier Président de la République islamique de Mauritanie « un sourire d'âme »
Mettre l'humain au centre de toute action politique. C'est le crédo de ce livre généreux et intelligent à lire pour se faire du bien.