mercredi 22 mars 2017

La méthode Macron pour capter le vote musulman

Insidieusement, le communautarisme s'invite dans le débat des présidentielles. Discrètement, chaque candidat caresse les électeurs juifs et musulmans dans le sens du poil sans même savoir combien ils sont. La loi de la raison républicaine interdit de les compter, ce qui autorise toutes les approximations : 500 mille à un million pour les premiers, 2 à 6 millions pour les seconds ?

Ils sont inéquitablement représentés. À l'Assemblée nationale les musulmans bi-nationaux arabes se comptent sur les doigts de la main alors que les députés juifs bi-nationaux israéliens sont de l'aveu de Meyer Habib une soixantaine. Dénicher un maire ou un premier adjoint au prénom musulman dans les 40 000 communes de France relève de la gageure. Enfin, dans la fonction publique et les entreprises, le plafond de verre oblige les mal prénommés à céder le pas.
Le vote communautaire est un grand mystère qui alimente tous les fantasmes. Il est souvent nié alors que l'analyse conduite par des chercheurs dans des circonscriptions « ghetto » de Sarcelle ou de Trappes notamment, a démontré une sur-représentation des votes juifs et musulmans lors des dernières élections présidentielles. À droite pour les uns, à gauche pour les autres. Mais l'absence d'étude pertinente à l'échelle nationale alimente toutes les suppositions.
C'est sans doute pourquoi, sur ce terrain périlleux, les candidats marchent sur des œufs.

Ainsi, aucun d'entre eux n'aura pris le risque de décliner l'invitation à dîner du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France le 22 février dernier. Comme chaque année, les 800 convives payants ont écouté les slogans habituels : « l'anti-sionisme c'est de l'antisémitisme déguisé » ou encore « Israël n'est pas une État colonialiste mais anti-terroriste ».
Tous les prétendants à la Présidentielle ont applaudi. Sauf Mélenchon et Le Pen car ils n'avaient pas été invités. Le message du CRIF est clair : juifs de France, votez pour qui vous voulez sauf pour la France Insoumise et le Front National !
Certes, cette tribune de l'État hébreu ne fait pas l'unanimité chez les juifs pas plus que celles du Qatar ou de l'Arabie Saoudite chez les musulmans et fort heureusement, il est exclu que les mosquées de France – tout comme les synagogues - appellent à voter pour un candidat. Encore faut-il craindre quelques invitations incongrues aux dîners d'iftar pendant le mois de ramadan en juin prochain qui coïncidera avec la campagne des législatives.
Pour l'heure, il est acquis que les salafistes se tiendront à l'écart des scrutins car une interprétation (abusive) du Coran leur interdit d'apporter leur suffrage à un mécréant. Les islamolâtres n'auront donc d'autres choix que le bulletin blanc ou l'abstention, d'autant que le téméraire docteur Kamel Messaoudi, candidat de l'Union des démocrates musulmans n'a obtenu que 3 parrainages. Par conséquent, le roman de Houellebecq s'éloigne de la prémonition.

Pour autant, le vote des bi-nationaux franco maghrébins peut assurément faire basculer le scrutin. Lionel Jospin, saqué par les Algériens, l'a appris à ses dépends en 2002. Hollande avait retenu la leçon en 2012, par pour longtemps car il n'est pas facile de plaire aux musulmans sans fâcher les juifs et inversement. Ainsi, Benoît Hamon ayant promis que lui Président, la France reconnaitra l'État Palestinien, il a immédiatement été qualifié d'islamo-gauchiste par les amis de Valls qui l'ont accusé de vouloir séduire à bon compte les électeurs arabes des banlieues. Signe fort : la section Israël du PS a déserté en bloc pour rejoindre le camp Macron. Illustration de l'éternel « syndrome Jérusalem » qui depuis des lustres divise le parti socialiste sur cet impossible compromis.

Macron qui cherche à plaire à tout le monde a choisi une technique d'aguichage subtile. Sans doute contaminé par un tropisme néo-colonial qui considère que les citoyens arabes de France sont sous l'influence de leur pays d'origine, il a entrepris d'aller sur la terre de leurs ancêtres.
Sa première escale électorale l'a conduit à Tunis. Accompagné de Bertrand Delanoë natif de Bizerte, il espérait briller. Bide total. Président et gouvernement l'ont snobé. Il faut dire que la jeune démocratie tunisienne a d'autres chats à fouetter et que l'ancien ministre n'a pas particulièrement soutenu la révolution lorsqu'il était aux affaires. Et puis, les affinités de Carthage sont plutôt sarkozistes.

Au Liban, cœur de la pensée politique arabo-musulmane moderne, Macron était guidé par la sénatrice ex-PS Bazira Khiari « farouchement républicaine, sereinement musulmane » et par un banquier d'affaires de la place. Beyrouth lui a réservé son meilleur accueil. Réceptions, cortège officiel, pin pon... Bref, Macron se l'est joué Président. Le Liban qui est attaché à ses traditions d'hospitalité, a fait savoir que tous les candidats seraient reçus avec égards et bienveillance. Alors, après Fillon et Macron, Marine Le Pen s'est précipitée. Elle a pareillement été reçue. Les Libanais qui adorent les sous entendus, racontent que le Président du Conseil des ministres Saad Hariri, richissime homme d'affaires qui porte aussi la nationalité saoudienne, n'a pas manqué de rendre compte aux Altesses d'Arabie.

À Alger, Macron a marqué des points. Un sans faute minutieusement préparé qui lui a valu les honneurs du tapis rouge. Reprenant l'idée du journaliste Rachid Arhab, il a d'abord déclaré qu'il était favorable à la création d'une chaîne de télévision franco-algérienne sur le modèle d'Arte : applaudissements ! Puis, il a qualifié la colonisation de crime contre l'humanité : ovation ! Par cette petite phrase très inspirée, il a rallié le soutien du pouvoir et engrangé en France des promesses de votes inespérés.
Il suffirait que Macron élargisse son propos à la colonisation israélienne et dénonce clairement comme Mélenchon l'offense aux droits humains en Palestine, pour que l'intégralité de la communauté arabe de France se mette « En Marche ».
Osera t-il aller jusque là pour assurer ses chances de victoire ?

À Rabat, la sortie de Macron interprétée de multiples façons, a été frigorifiquement appréciée. D'ailleurs, depuis des mois, le roi Mohamed VI a fait le choix de tourner le dos aux gesticulations socialo-parisiennes ; il voit l'avenir de son pays avec l'Afrique plutôt qu'avec l'Europe.
Impatients, les comités de soutien macronien au Maroc attendent depuis des semaines la venue de leur candidat qui est sans cesse repoussée d'un week end à l'autre. L'enjeu est doublement important car «... la communauté française au Maroc compte 48 800 personnes... La communauté marocaine en France compte 1 500 000 personnes dont 670 000 bi-nationaux ».


Ces chiffes très officiels sont extraits du rapport d'Élisabeth Guigou publié par l'Assemblée Nationale le 16 juin 2016. Ils permettent, par extrapolation en proportion et addition des bi-nationaux algériens et tunisiens, d'évaluer le nombre de citoyens français de la communauté musulmane maghrébine à 2,4 millions. Soit l'équivalent de la population de Paris. Cela vaut bien une messe !

jeudi 23 février 2017

En Tunisie tout est possible, même la révolution

Les Tunisiens toujours souffrants résistent vaillamment. Ils sont à l'image des palmiers bordant les avenues. Ces arbres majestueux proprement décapités à cause d'un virus pernicieux, renaissent timidement. Ils laissent entrevoir en haut de leur tronc nu, quelques plumeaux verdoyants sous un soleil filtré par des petits nuages blancs. La lumière de Tunisie est jouvence, elle chasse les idées sombres par la seule contemplation de sa beauté inouïe.

Par un exploit universellement salué, le pays a traversé l'épreuve sans bain de sang. Fier et soulagé mais désabusé par l'expérience de vaines tentatives et d'espoirs déçus, il fera mieux la prochaine fois idha chaab yourid, si le peuple le veut.
Mais au bout du compte, était-ce vraiment une révolution ?
Aucune typologie ne permet de caractériser le soulèvement tunisien tellement dissemblable aux autres : sans fracture, sans violence, sans libérateur, sans comparaison, sans précédent. Notre grille de lecture occidentale est inappropriée. Et si la révolution tunisienne authentiquement arabe et musulmane, mélange de thawra et de fitna, avait pour seule perspective le retour au point zéro de l'origine ? Pour explorer cette voie et appréhender la spécificité tunisienne il faut lire absolument « Tunisie, une révolution en terre d'islam » de Yadh Ben Achour édité à Tunis par Cérès Editions grâce au concours de la Fondation Bavaroise Hanns Seidel. Ouvrage que l'on espère prochainement distribué en France.
L'observation de la vie politique quotidienne semble corroborer cette piste de réflexion.

Qui dirige le pays ? Interroge à la une le principal quotidien francophone. Où se trouve le pouvoir réel ? À la Présidence, au Premier ministère, à l'Assemblée des députés ? Questions posées, réponses mystères. Pourtant, l'homme de la rue ou le premier chauffeur de taxi venu vous indiquera l'adresse des maîtres de la Tunisie.
Incontestablement Cheikh Rached Ghannouchi est le zaïm. Bien que n'exerçant aucune fonction officielle, le leader du parti majoritaire agit en dépositaire du destin des Tunisiens. À la manière de l'Iran, il est le « Guide » qui impulse les grandes orientations. Son agenda est celui d'un chef d'État. Il réunit les divergents et scelle les compromis. Avec discrétion, sans en avoir l'air, il est la source de toutes les décisions importantes. Son influence empiète même sur le domaine régalien de la politique étrangère où ses initiatives et son agenda de rencontres notamment pour dénouer le conflit en Libye, mettent la diplomatie « officielle » en porte à faux. Bon gré mal gré, Président, et Parlement s'en accommodent faute de pouvoir suivre le tempo. Le nonagénaire Président de la République inaugure les chrysanthèmes, l'octogénaire Président de l'Assemblée fait tapisserie.
Dans ce domaine comme ailleurs, l'esprit et la lettre de la constitution du 10 février 2014 sont allègrement transgressés.

À la manœuvre des affaires courantes, il y a une jeune équipe gouvernementale composée de technocrates entreprenants qui tentent de corriger l'image du pays auprès des bailleurs de fonds. C'est plutôt réussi. En novembre dernier, conseillé par Dominique Strauss-Khan, le Premier ministre Youssef Chahed, a engrangé les promesses de crédits faramineux pour près de 14 milliards de dollars. De quoi faire décoller l'économie.
La tâche ne sera pas facile car le pays est gangréné par les mafieux, maîtres des prébendes et de la contrebande. Les seconds couteaux de Ben Ali sont devenus les premières gâchettes du pays. Ils régentent les trafics illicites avec l'Algérie et la Libye, ils pillent et démolissent la fonction publique, ils sont intouchables. Les affairistes de l'ancien régime et les nouveaux commerçants islamistes font bon ménage, rien ne leur résiste. L'iniquité et le marchandage se répandent dans toutes les couches de la société. L'argent douteux domine les idées et les convictions les plus ancrées. Entre les affamés et les rassasiés, entre ceux du Sud et ceux du Nord, l'islam tempère encore la lutte des classes. Mais pour combien de temps ?
Symbole d'une justice humiliée au sommet : le chef du contentieux de l'État, juriste de très haut vol s'est enfui à l'étranger. En contre-point, l'Instance Vérité Dignité présidée par la courageuse Sihem Ben Sédrine poursuit les auditions publiques des récits de la honte. Devant leur télévision, les Tunisiens hébétés découvrent quelques échantillons des abominations de la dictature. Quelques 62 000 victimes patientent sans se faire d'illusions, espérant qu'à défaut de justice l'État leur demandera pardon.
Contre vents et marée, les fonctionnaires vertueux ; en surnombre, sous-payés mais sous-corrompus, assurent le service public minimum pendant que l'éducation et la santé de qualité sont abandonnées au secteur privé.

Comme au temps de Ben Ali, la police est au cœur du système. Incontournable et courtisée elle arbitre la situation. Elle couve de sa protection rapprochée tous les acteurs politiques. Les vieux se souviennent du temps où Bourguiba faisait sa promenade au milieu des touristes et que le Premier ministre Nouira jouait au backammon dans un café populaire de l'Ariana. Ya hasra ! Dangers réels ou supposés, depuis l'assassinat des députés de gauche Belaïd et Brahmi en 2013 les gens importants portent des sous-vêtements en kevlar. Ils craignent le retour des mercenaires tunisiens de Daech et d'Al Qaïda, 6 000 selon la CIA, qui du jour au lendemain pourraient mettre le pays à feu et à sang et menacer toute la région.
Cette armée d'égorgeurs de l'ombre est devenue l'unique marqueur de l'identité tunisienne sur la scène internationale.

À Paris, le retour des jihadistes binationaux nourrit les phantasmes et les inquiétudes sécuritaires sur fond de campagne électorale. À Washington, on considère que la petite Tunisie (de la taille de la Floride) mérite d'être protégée à cause de sa situation géostratégique sur le détroit de Messine où patrouillent les navires de l'OTAN.
Décidément, la Tunisie semble revenir à son point de départ. Comme en 2011, rien n'est prévisible tout est possible, même la Révolution.


dimanche 22 janvier 2017

Chesnot, Malbrunot, Labévière, trois journalistes, deux enquêtes

Dans tout autre pays que la France, ces livres auraient déclenché des tempêtes médiatiques, politiques voir judiciaires. Leurs auteurs ne sont pourtant pas des inconnus ni des bloggers du dimanche sur Mediapart mais des journalistes confirmés, unanimement reconnus pour leur professionnalité.

Commençons par les révélations des deux grands reporters de France Inter et du Figaro. Christian Chesnot et Georges Malbrunot signataires de « Nos très chers Emirs » chez Michel Lafon ne sont pas natifs de la dernière pluie orientale. Ils connaissent le monde arabe pour l'avoir sillonné en long en large et en travers depuis des lustres. Ils savent les codes, les usages, la naïve simplicité de l'Orient compliqué dont ils ont été un temps les otages. Leur dernier ouvrage est une description limpide et imagée des relations alambiquées, mercantiles et souvent vénales entre le pouvoir politique français et les théocraties du Golfe. On attend avec impatience que les personnes dénoncées poursuivent les auteurs en justice pour qu'une foule de témoins viennent à la barre révéler d'autres turpitudes bien plus grandes encore. 
La liste de ceux qui « touchent » est longue comme un jour sans pain, en voici un échantillon :
Jean-Marie Le Guen, ami de Manuel Valls, Secrétaire d'État en charge de la Francophonie est un maître chanteur qui harcèle l'ambassadeur du Qatar. Nicolas Bays, député PS du Pas-de-Calais est un larmoyant quémandeur copieusement « abreuvé » à la même source persique. Rachida Dati mendie avec une indécente vulgarité 400 000 euros « pour son association », Ségolène Royale, Jean-Vincent Placé... sont suspectés. « nul ne sait si le sénateur centriste Yves Jégo en croquait », mais sa collègue de l'Orne Nathalie Goulay « a multiplié les demandes »...Éric Besson ancien ministre de Sarkozy, Alexis Bachelet député, Jack Lang Président de l'Institut du Monde arabe qualifié pareillement « d'interlocuteur sans scrupules ». Excédé, l'ambassadeur du Qatar se confie aux journalistes : « je n'ai jamais vu cela auparavant (dans d'autres pays) on n'est pas une banque... je ne suis pas là pour régaler les hommes politiques français » il ajoute à la cantonade que le distributeur de billets de 500 euros de l'ambassade est désormais fermé. Qu'on se le dise !

À l'étranger, la réputation de vénalité des élites politiques françaises aux affaires est solidement établi. En France, la corruption est rarement jugée ou alors avec indulgence, jamais pour trahison.
Mais l'enquête des journalistes révèle un fait beaucoup plus grave, passé totalement inaperçu.

Au détour d'une page, par la confidence d'un Général cinq étoiles, on apprend que la France est directement engagée au Yémen où « nous soutenons une forme de massacre par l'Arabie Saoudite ». Paris fournirait en effet l'imagerie satellite et le renseignement au sol pour « éclairer » les cibles des bombardiers saoudiens. C'est tout simplement de l'assistance à crime de guerre ! Pour mémoire, voici le bilan provisoire dressé par les observateurs de l'ONU en août dernier : 7 000 morts, 36 000 blessés, 3 millions de déplacés, 14 millions d'affamés, 21 millions de personne en besoin d'assistance médicale. Sinistre ironie, les frenchs doctors de MSF ont évacué le pays il y a cinq mois car leur hôpitaux (ciblés par qui?) étaient bombardés.
La question de la complicité de la France dans l'agression du Yémen est un sujet tabou qui n'a soulevé aucun débat ni au Parlement, ni dans l'opinion, ni même aux primaires de la gauche. C'est le silence de la honte.
« En matière de droits de l'Homme, la France n'a d'autre option que l'exemplarité » : Jean Marc Ayrault, vœux à la presse, janvier 2017. C'est la duplicité de la parole !


Autre lecture salutaire recommandée celle de Richard Labévière, un poids lourd de la profession. Ses articles sont scrutés à la loupe par tous les observateurs français et étrangers car il a tissé en trente ans un formidable réseau qui lui vaut la réputation d'être le journaliste français le mieux informé d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient. À ce carnet d'adresse hors norme, s'ajoutent des prédispositions étonnantes à prévoir le jeu des obscurantistes. Ainsi, dix huit mois avant les attentats du 11 septembre 2001, il faisait paraitre chez Grasset un ouvrage prémonitoire « Les dollars de la terreur » qui demeure une référence en la matière. Auteur prolifique, journaliste sacqué de RFI pour absence de condescendance envers le pouvoir, écarté pour les mêmes raisons de la rédaction de la revue Défense nationale. L'officier de marine de réserve aime la tempête mais en bon savoyard, il courbe rarement l'échine. Diplômé de sciences po, il est aux antipodes de la pensées des petits profs chouchoutés par Calvi et Cavada.

« Terrorisme face cachée de la mondialisation » de Richard Labévière édition Pierre-Guillaume Leroux. L'introduction a été rédigée à Nice, la conclusion est signée depuis Damas. C'est dire que l'ouvrage n'est pas une réflexion de salon mais la synthèse d'observations du terrain. Dans sa préface, Alain Chouet, ancien patron du renseignement des services secrets français sachant lire entre les lignes, donne à la parution toute l'importance qu'il mérite.
Trois cents pages denses et documentées sur le terrorisme, ses causes et ses effets émotionnels irrationnels, inconsciemment domestiqué par les médias de la mondialisation. C'est la sobre dénonciation de la pensée néoconservatrice irresponsable qui se nourrit de la terreur. L'auteur de la formule « si Daech n'existait pas il aurait fallu l'inventer » rappelle que le terrorisme est un carburant qui s'inscrit dans la logique de la mondialisation et « incarne le sommet de l'évolution paroxysmique d'une course effrénée à l'argent ». Dans cette soif universelle de grisbi, de flouze, de pèze, de pognon... la France des Tontons flingueurs est placée sur le podium. Mais le sujet est trop sérieux pour être pris à la légère, Labévière ne se contente pas d'une échographie du mal, il remonte aux sources, décrypte les filières et en sept points, propose des solutions. Cette démonstration ambitieuse, dense, rigoureuse est ponctuée de digressions savoureuses d'une délectable cruauté, notamment lorsque l'auteur malmène une palanquée de médiacrates; manière de rappeler que si le journalisme rassemble des dissemblables, la profession n'est pas pour autant une confrérie d'asservis.


Chesnot, Malbrunot, Labévière, trois signatures de grands anciens, à lire en édition et à suivre au fil de leurs articles.