dimanche 22 janvier 2017

Chesnot, Malbrunot, Labévière, trois journalistes, deux enquêtes

Dans tout autre pays que la France, ces livres auraient déclenché des tempêtes médiatiques, politiques voir judiciaires. Leurs auteurs ne sont pourtant pas des inconnus ni des bloggers du dimanche sur Mediapart mais des journalistes confirmés, unanimement reconnus pour leur professionnalité.

Commençons par les révélations des deux grands reporters de France Inter et du Figaro. Christian Chesnot et Georges Malbrunot signataires de « Nos très chers Emirs » chez Michel Lafon ne sont pas natifs de la dernière pluie orientale. Ils connaissent le monde arabe pour l'avoir sillonné en long en large et en travers depuis des lustres. Ils savent les codes, les usages, la naïve simplicité de l'Orient compliqué dont ils ont été un temps les otages. Leur dernier ouvrage est une description limpide et imagée des relations alambiquées, mercantiles et souvent vénales entre le pouvoir politique français et les théocraties du Golfe. On attend avec impatience que les personnes dénoncées poursuivent les auteurs en justice pour qu'une foule de témoins viennent à la barre révéler d'autres turpitudes bien plus grandes encore. 
La liste de ceux qui « touchent » est longue comme un jour sans pain, en voici un échantillon :
Jean-Marie Le Guen, ami de Manuel Valls, Secrétaire d'État en charge de la Francophonie est un maître chanteur qui harcèle l'ambassadeur du Qatar. Nicolas Bays, député PS du Pas-de-Calais est un larmoyant quémandeur copieusement « abreuvé » à la même source persique. Rachida Dati mendie avec une indécente vulgarité 400 000 euros « pour son association », Ségolène Royale, Jean-Vincent Placé... sont suspectés. « nul ne sait si le sénateur centriste Yves Jégo en croquait », mais sa collègue de l'Orne Nathalie Goulay « a multiplié les demandes »...Éric Besson ancien ministre de Sarkozy, Alexis Bachelet député, Jack Lang Président de l'Institut du Monde arabe qualifié pareillement « d'interlocuteur sans scrupules ». Excédé, l'ambassadeur du Qatar se confie aux journalistes : « je n'ai jamais vu cela auparavant (dans d'autres pays) on n'est pas une banque... je ne suis pas là pour régaler les hommes politiques français » il ajoute à la cantonade que le distributeur de billets de 500 euros de l'ambassade est désormais fermé. Qu'on se le dise !

À l'étranger, la réputation de vénalité des élites politiques françaises aux affaires est solidement établi. En France, la corruption est rarement jugée ou alors avec indulgence, jamais pour trahison.
Mais l'enquête des journalistes révèle un fait beaucoup plus grave, passé totalement inaperçu.

Au détour d'une page, par la confidence d'un Général cinq étoiles, on apprend que la France est directement engagée au Yémen où « nous soutenons une forme de massacre par l'Arabie Saoudite ». Paris fournirait en effet l'imagerie satellite et le renseignement au sol pour « éclairer » les cibles des bombardiers saoudiens. C'est tout simplement de l'assistance à crime de guerre ! Pour mémoire, voici le bilan provisoire dressé par les observateurs de l'ONU en août dernier : 7 000 morts, 36 000 blessés, 3 millions de déplacés, 14 millions d'affamés, 21 millions de personne en besoin d'assistance médicale. Sinistre ironie, les frenchs doctors de MSF ont évacué le pays il y a cinq mois car leur hôpitaux (ciblés par qui?) étaient bombardés.
La question de la complicité de la France dans l'agression du Yémen est un sujet tabou qui n'a soulevé aucun débat ni au Parlement, ni dans l'opinion, ni même aux primaires de la gauche. C'est le silence de la honte.
« En matière de droits de l'Homme, la France n'a d'autre option que l'exemplarité » : Jean Marc Ayrault, vœux à la presse, janvier 2017. C'est la duplicité de la parole !


Autre lecture salutaire recommandée celle de Richard Labévière, un poids lourd de la profession. Ses articles sont scrutés à la loupe par tous les observateurs français et étrangers car il a tissé en trente ans un formidable réseau qui lui vaut la réputation d'être le journaliste français le mieux informé d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient. À ce carnet d'adresse hors norme, s'ajoutent des prédispositions étonnantes à prévoir le jeu des obscurantistes. Ainsi, dix huit mois avant les attentats du 11 septembre 2001, il faisait paraitre chez Grasset un ouvrage prémonitoire « Les dollars de la terreur » qui demeure une référence en la matière. Auteur prolifique, journaliste sacqué de RFI pour absence de condescendance envers le pouvoir, écarté pour les mêmes raisons de la rédaction de la revue Défense nationale. L'officier de marine de réserve aime la tempête mais en bon savoyard, il courbe rarement l'échine. Diplômé de sciences po, il est aux antipodes de la pensées des petits profs chouchoutés par Calvi et Cavada.

« Terrorisme face cachée de la mondialisation » de Richard Labévière édition Pierre-Guillaume Leroux. L'introduction a été rédigée à Nice, la conclusion est signée depuis Damas. C'est dire que l'ouvrage n'est pas une réflexion de salon mais la synthèse d'observations du terrain. Dans sa préface, Alain Chouet, ancien patron du renseignement des services secrets français sachant lire entre les lignes, donne à la parution toute l'importance qu'il mérite.
Trois cents pages denses et documentées sur le terrorisme, ses causes et ses effets émotionnels irrationnels, inconsciemment domestiqué par les médias de la mondialisation. C'est la sobre dénonciation de la pensée néoconservatrice irresponsable qui se nourrit de la terreur. L'auteur de la formule « si Daech n'existait pas il aurait fallu l'inventer » rappelle que le terrorisme est un carburant qui s'inscrit dans la logique de la mondialisation et « incarne le sommet de l'évolution paroxysmique d'une course effrénée à l'argent ». Dans cette soif universelle de grisbi, de flouze, de pèze, de pognon... la France des Tontons flingueurs est placée sur le podium. Mais le sujet est trop sérieux pour être pris à la légère, Labévière ne se contente pas d'une échographie du mal, il remonte aux sources, décrypte les filières et en sept points, propose des solutions. Cette démonstration ambitieuse, dense, rigoureuse est ponctuée de digressions savoureuses d'une délectable cruauté, notamment lorsque l'auteur malmène une palanquée de médiacrates; manière de rappeler que si le journalisme rassemble des dissemblables, la profession n'est pas pour autant une confrérie d'asservis.


Chesnot, Malbrunot, Labévière, trois signatures de grands anciens, à lire en édition et à suivre au fil de leurs articles.

jeudi 29 décembre 2016

Bilan imaginaire de l'année à venir

En cette fin d'année 2017, les médias ressassent la rétrospective des douze mois écoulés fertiles en surprises. Mais ce n'est pas Trump, ni Poutine, ni Erdogan, ni même Le Pen qui font la une des magazines, mais Abdelfoulan al Faradi le tout récent Prix Nobel de la Paix, que la cascade de révolutions arabes a hissé en quelques mois à la tête de l'Arabia.
La naissance du nouvel état pluriel composé de 22 pays désormais fédérés, est assurément l'événement historique majeur de l'année 2017.
Pourtant saluée et applaudie par l'ensemble de la communauté internationale, la communion du Moyen-Orient, du Levant et de l'Afrique du Nord a singulièrement été accueillie avec bellicisme par l'État hébreu qui a maintenu la mobilisation de ses réservistes, en dépit des déclarations conciliantes des nouveaux dirigeants arabes démocratiquement élus, dont le programme se résume aux trois mots scandés par la foule dans les cortèges des métropoles de l'Oumma: karama, khobz, adala, dignité, pain, justice.

En France, la décision de la Présidente Le Pen de décréter au lendemain de son élection, le blocus sur les Comores - désormais composantes unies de l'Arabia - au prétexte de « mettre un terme à l'invasion de la terre française de Mayotte par des hordes d'Arabes » a soulevé l'indignation de l'opposition et entrainé des manifestations dans toutes les villes de France. Les incidents graves et les rafles massives dans les banlieues ont radicalisé le mouvement de protestation qui a pris une tournure insurrectionnelle menaçant la paix civile.

En conscience, et après avoir dénoncé un complot raciste, le Raïs de l'Arabia, s'est adressé depuis Tunis aux arabes de France: « Si vous voulez rester arabes et que vos enfants et vos petits enfants restent arabes, vous devez quitter la France et venir vous installer en Arabia....Ce n'est pas votre pays, ce n'est pas votre terre, quittez la France et venez en Arabia » a t-il martelé.
Un plumitif facétieux en quête d'inspiration et pour distraire quelques lecteurs, a noté que le ministre israélien de la défense l'ultra arabophobe Avigdor Lieberman avait jadis employé exactement les mêmes mots pour stigmatiser « l'antisémitisme et les attentats contre des cibles juives en France ». C'était le 26 décembre 2016, il y a un an !

La déclaration du Raïs Abdelfoulan a provoqué en France un séisme dont nul ne peut encore prédire les conséquences. Gouverner c'est prévoir. Hélas, aucun(e) politique n'avait imaginé ce scénario catastrophe qui pourrait bien se révéler plus calamiteux pour l'économie française que l'implosion d'une centrale nucléaire et le débordement de la Seine. Selon le patronat, qui n'a pas été démenti par Bercy, le PIB du pays pourrait chuter de cinq points, ce qui est sans précédent depuis la débâcle de 1940. La bourse dont les cours avaient été suspendus a repris ses esprits et limité ses pertes grâce aux achats massifs d'actions adossées à l'emprunt à taux négatif garanti par l'état économique d'urgence.  Le ministre des finances a annoncé que le plafond des retraits en espèces serait relevé mais que le quitus fiscal restait obligatoire pour quitter le territoire. Il a précisé que les sociétés n'étaient pas concernées par ces restrictions  tout en qualifiant « d'extravagant » le chiffre d'un million d'entreprises impactées par l'exode massif des arabes de France. Le ministre de l'intérieur a pour sa part, contesté le chiffre de 500 mille départs liés à l'Arabxit, insistant sur le fait que l'immense majorité des « musulmans de retour sur leur terre d'origine » étaient des émigrés et des sans papiers. Les « Français fuyants sont des faux Français » a t-il ajouté. La formule est depuis devenue un slogan.

Au cours de son allocution traditionnelle de vœux à la nation télédiffusé depuis le Palais de l'Élysée, la Présidente a qualifié l'appel du Raïs de décision souveraine ; elle a invité les Français « de souche, de culture et d'adoption à se réjouir du bon coté des choses » avec notamment la multiplication des emplois et des logements vacants.

Bonne année quand même !

vendredi 23 décembre 2016

L'Arabie Saoudite en capilotade


C'est un fait insignifiant, mais qui additionné à d'autres passés pareillement inaperçus, laisse présager des bouleversements imminents au Moyen-Orient.
Le vice prince héritier d'Arabie, Mohamed Ben Salman, fils du roi, ministre de la défense et de l'économie a fait le pied de grue à Paris pour être reçu par François Fillon qui l'a impoliment éconduit. Il faut dire que les Saoud mal inspirés, avait ostensiblement soutenu Juppé et Sarkozy. Pour autant, la posture du nouveau leader de la droite française n'est pas singulièrement vertueuse, elle est opportuniste et solidaire de la bronca internationale qui isole désormais le royaume salafiste du reste du monde. À l'aube de l'année nouvelle les vœux sincères d'éviction du roi Salman et de son fils Mohamed semblent faire l'unanimité.

En l'espace de quelques mois, la cote diplomatique du royaume obscurantiste a chuté de façon vertigineuse. Ceux qui depuis des années dénoncent inlassablement l'indécence de ce régime féodal « source du venin qui empoisonne le monde » ne peuvent que se réjouir de cette prise de conscience collective tardive.

En septembre dernier, le fringant prince saoudien Ben Salman était encore l'un des hommes les plus puissants de la planète. Après une tournée aux Etats Unis où il avait multiplié les risettes et les emplettes, il avait recueillit en survolant l'Europe l'hommage de ses Chefs d'États. Puis il avait été reçu sur les tapis rouges de Chine. Enfin, consécration suprême, l'empereur du Japon en personne lui avait accordé l'honneur rarissime d'une audience. De retour à Riyad, Mohamed avait rassuré son roi de père qui s'inquiétait des velléités états-uniennes de faire payer à l'Arabie la plus gigantesque ardoise de tous les temps : celle des dommages du WTC du 11 septembre 2001. Le jeune Salman pensait alors avoir mis les USA et tout le G 20 dans sa poche.
À l'époque, il était acquis que Mme Clinton serait élue et l'Arabie ne ménageait pas ses contributions à la candidate, finançant avec générosité le parti démocrate et les associations d'électeurs arabes. Patatrac ! Echec sur toute la ligne.
Obama n'est pas parvenu à empêcher le congrès de voter un droit de suite à l'indemnisation des victimes du 9/1, et c'est Trump qui a été élu. Les saoudiens ont par conséquent courtisé les adversaires de leurs alliés historiques pour rien ou plutôt pour le pire ! Car les républicains ne sont pas près d'oublier cette forfaiture. Donald Trump a promis de faire bouffer aux Saoud leur kéfié. Entre suzerain et vassal la trahison appelle le jugement au choix du sabre ou du peloton d'exécution.

L'Arabie dont la famille Saoud s'est appropriée le nom et la propriété, n'est qu'un confetti de 10 millions de sujets mâles, autant d'objets femelles et autant de serviteurs étrangers. Au total 30 millions d'âmes en recherche d'humanité et de justice qui vivent au quotidien la peur de transgresser les innombrables interdits dictés par une caste de 7000 altesses. 
L’Arabie est un État vulnérable qui ne dispose d’aucune alternative à la coopération US dans les domaines du pétrole, de la défense, de la sécurité, des transports, et même de l’eau…Sans les cadres occidentaux omniprésents dans tous les secteurs vitaux, le pays ne pourrait survivre trois semaines.

Au plan international, en dehors de quelques affinités d'intérêts éparpillés dont celle de la France à durée limitée, l'Arabie Saoudite n'a plus d'alliés politiques.
L'offensive génocidaire lancée il y a dix huit mois contre le Yémen a été la faute suprême commise par des Salman père et fils.
Les grandes nations musulmanes pourtant traditionnellement solidaires se sont détournées  malgré les milliards donnés: ainsi les Pakistanais, puis les Egyptiens. Seuls les fragiles Emirats Arabes Unis voisins n'ont pas pu se défausser, alors que l'exemplaire petit le sultanat d'Oman restait à l'écart, proposant même sa médiation. Quant au Maroc et à l'Algérie, ils se sont évertués à ne pas mettre un pied dans le guêpier. En Europe, l'opinion scandalisée par l'ampleur des massacres s'est finalement mobilisée. Les Suédois, les Suisses, les Allemands ont annulé en cascade leurs ventes d'armements. En Amérique, les Canadiens ont tergiversé sans gloire pour honorer une commande de 15 milliards de blindés ; mais le mois dernier, les USA à leur tour, ont suspendu leurs livraisons de bombes et gelé l'assistance d'une centaine de coopérants militaires avec le commandement des opérations de l'armée aérienne saoudienne clouant au sol la plupart des F16 et des Tornado. Au train où vont les choses, il se pourrait bien qu'une miraculeuse contre offensive du Yémen réconcilié redessine la carte de l'Arabie !

Entre les milliardaires Trump et Saoud, le règlement de comptes sera titanesque, simpliste et inégal. Le pétrole m'appartient dira l'un. Sans ma protection tu n'es rien dira l'autre. Je répandrai sur tes terres la bactérie salafiste menacera l'arabe, je te rendrai pécuniairement responsable de tous les attentats dans monde répliquera l'américain.
Le New Saudi Deal qui amendera le Pacte Quincy ne sera pas négociable. Trump prendra le pétrole et limogera sans doute quelques gardiens de la concession. Chassera-t-il la dynastie tout entière ? Plus probablement il exigera d'elle un roi nouveau, moins sectaire, plus moderne, moins dévoyé, plus présentable et cela va sans dire, totalement soumis. Ordonnera-t-il au surplus l'arrêt du prosélytisme de l'international salafiste dont les Etats Unis se sont si longtemps accommodés ? Là est toute la question.

On se souvient que quelques mois après son élection le Président Barack Hussein Obama prononça en juin 2009 au Caire un discours mémorable sur l'islam. Dans la salle, un auditeur égyptien enthousiaste, qui pressentait peut-être l'espoir d'un printemps arabe, hurla : « je vous aime ! » Donald Trump lui, parlera sur un autre ton. Et la nation musulmane à l'unisson marmonnera « je vous hais ! »